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En Syrie, des Kurdes déplacés attendent toujours de rentrer chez eux
Depuis le camp du nord-est de la Syrie où il vit depuis sept ans, Ahmad Oussi lance un appel à l'aide pour pouvoir revenir dans sa ville natale, dont il a été chassé par des combats entre l'armée turque et les forces kurdes.
Le retour des déplacés kurdes constitue l'une des pierres d'achoppement de l'application de l'accord signé en janvier entre les Kurdes syriens et le pouvoir central.
"Tous les habitants du camp veulent rentrer" à Ras al-Aïn, dit Ahmad Oussi, 26 ans, mais "des membres des factions (proturques, NDLR) vivent dans nos maisons et nous disent qu'on ne peut pas revenir".
Ces combattants et leurs familles, eux-mêmes déplacés d'autres régions, se sont installés dans les maisons abandonnées par les Kurdes, selon des témoignages d'habitants.
"J'espère que l'administration kurde et le gouvernement syrien (...) nous feront sortir du camp et nous permettront de regagner notre ville au plus vite", ajoute M. Oussi.
Comme des milliers de Kurdes, le jeune homme a été forcé en 2019 de fuir sa ville de Ras al-Aïn, à la frontière turque, devant une offensive des troupes turques et de leurs alliés syriens contre les forces kurdes, leur bête noire.
Il vit depuis dans le camp informel d'al-Talaeh, sous contrôle kurde, à quelque 70 km de sa ville natale.
Le camp poussiéreux d'al-Talaeh abrite environ 17.000 personnes de la région de Ras al-Aïn qui était habitée par des Kurdes et des Arabes, dont des chrétiens.
- Maisons squattées -
Dans le camp situé dans une zone aride, des femmes préparent à manger en s'abritant du soleil près d'un camion citerne. D'autres habitants vendent de l'essence dans des bouteilles en plastique.
"On nous dit sans cesse que nous rentrerons cette semaine ou la semaine prochaine (..)", dit Kubar Qader, une mère de sept enfants en fouillant dans un étal de vêtements.
"Nous ne savons même pas si nous pourrons un jour rentrer chez nous", ajoute cette femme de 43 ans.
L'accord entre Damas et les Kurdes, qui prévoit l'intégration des institutions militaires et civiles kurdes au sein de l'Etat, a sonné le glas des espoirs d'autonomie de cette minorité.
"Le dossier du retour des déplacés (...) est l'une des principales questions en suspens" qui retardent l'application de l'accord, explique à l'AFP Abdel Karim Omar, représentant de l'administration autonome kurde à Damas.
A la faveur de la guerre civile (2011-2024), les Kurdes soutenus par l'Occident avaient pris le contrôle de larges parties du nord et du nord-est de la Syrie.
Après qu'une coalition de rebelles islamistes a renversé le président Bachar al-Assad en décembre 2024, les nouvelles autorités ont cherché à stabiliser et réunifier le pays.
Mais le dossier des déplacés reste l'un des plus épineux, avec quelque 5,5 millions de Syriens qui n'ont toujours pas regagné leurs foyers selon l'ONU.
Interrogé par l'AFP, un responsable local relevant du pouvoir central confirme sous couvert d'anonymat que des membres de factions proturques se sont installés dans des maisons abandonnées de Ras al-Aïn.
Il assure cependant qu'ils ont quitté certaines maisons "dès que les propriétaires se sont adressés aux autorités locales ou aux forces de sécurité".
Et selon lui, "des dizaines de familles sont revenues", certaines "sous la protection du gouvernement" ou en coordination avec des autorités locales.
- "Mourir là-bas" -
Jawan Isso, membre d'un comité représentant les déplacés de Ras al-Aïn, ou Sari Kani en kurde, explique à l'AFP que des "mesures préliminaires" ont été récemment prises pour le retour des déplacés, "comme de premières visites sur place et le déploiement d'équipes de déminage".
Mais "d'importants obstacles persistent", souligne-t-il, d'autant que "la région reste sous influence turque".
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, l'armée turque maintient notamment trois positions dans la région.
Cette ONG qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie affirme que de nombreux habitants kurdes relèvent des Forces démocratiques syriennes (FDS, contrôlées par les Kurdes) et qu'ils redoutent "des actes de vengeance" s'ils reviennent.
Fatna Abdel-Qader, une habitante du camp de 65 ans, pleure en évoquant sa vie passée à Ras al-Aïn.
"Ma terre me manque, c'est là-bas que je souhaite mourir", confie cette femme au visage buriné, qui partage une tente avec son mari et sept petits-enfants.
F.Ramirez--AT