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Inde: la fronde des étudiants se moque des coupures d'internet
Pas d'internet ? Et alors... Dans les rues de la capitale indienne New Delhi où ils exigent depuis six jours la démission du ministre de l'Education, les étudiants indiens assurent n'avoir que faire des coupures d'internet ordonnées par le gouvernement.
"Plein de gens utilisent BitChat", s'esclaffe un des protestataires, Kumar Shalabh, 21 ans, en référence à la messagerie créée par le cofondateur et ex-patron de Twitter Jack Dorsey, accessible par Bluetooth.
Depuis la répression de leur marche sur le Parlement lundi, des milliers d'étudiants et de jeunes Indiens de la Génération Z occupent une esplanade du centre de Delhi pour dénoncer les fraudes aux examens.
La liste de leurs doléances s'est depuis allongée, des difficultés à trouver un emploi après l'université malgré la forte croissance du pays aux méthodes jugées de plus en plus autoritaires du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi.
Réunis sous la bannière d'un "parti du peuple des cafards", un mouvement en ligne créé en mai, les protestataires sont étroitement surveillés par la police et le quartier de leur camp de base privé régulièrement d'accès à leurs indispensables réseaux sociaux.
A les écouter, le gouvernement a déjà une guerre de retard.
"Nous avons trouvé des alternatives", assure Kumar Shalabh. "Ils (les autorités) pensent que nous ne pouvons pas nous passer d'internet. Oui, on connaît internet mais on sait aussi communiquer sans".
"Ils nous croient stupides, idiots", insiste l'étudiant, "en fait on est plutôt intelligents".
Khushi, une étudiante qui a souhaité n'être identifiée que par son prénom, confie s'être adaptée. "Faute de couverture internet ici", explique-t-elle, "je prévois mes points de rendez-vous depuis chez moi".
La jeune femme s'est aussi convertie à BitChat, qui permet donc de ne jamais rester aveugle et sourd.
Vendredi, le fondateur de l'application a partagé un document présenté comme un ordre d'interdiction du ministère indien de l'Intérieur. "Le gouvernement indien n'aime pas les technologies comme BitChat et veut les interrompre", a-t-il écrit.
- "Inutile" -
Les autorités de New Delhi n'ont pas confirmé avoir sollicité cette mesure, mais les défenseurs des droits en ligne ont malgré tout demandé sa révocation.
"Nous soutenons les développeurs (de l'application) et les jeunes manifestants que cet ordre essaie de faire taire", a indiqué la Fondation pour la liberté d'internet (IFF).
Si son milliard d'utilisateurs de téléphones portables fait d'elle le plus important réservoir national d'internautes de la planète, l'Inde est aussi l'un des pays dont les autorités en restreignent le plus fréquemment l'accès.
Selon l'association Access Now, l'Inde occupait en 2025 la deuxième place mondiale de la catégorie avec 65 coupures.
"Sa première réaction est d'empêcher (...) la propagation de l'information", ajoute-t-il, "la démocratie meurt dans les ténèbres et les coupures d'internet sont une forme de ténèbres".
Plus que la seule communication, c'est toute la vie quotidienne des manifestants qui est affectée par l'absence d'accès au réseau. Impossible par exemple de payer quoi que ce soit dans le quartier avec son téléphone. "Plus personne n'utilise plus d'argent liquide", soupire Khushi.
Les protestataires en sont toutefois convaincus, la censure du gouvernement sera vaine. Elle n'aura aucun effet sur leur combat ou leur détermination.
"Internet ou pas, notre message a déjà largement été diffusé dans la population", assure Gunver Singh, un étudiant de 19 ans.
"Qu'est-ce qu'ils (les protestataires) vont tous faire ? Ils vont tourner des vidéos et les diffuser lorsqu'ils seront rentrés chez eux", complète Khushi, "et ça, personne ne pourra les en empêcher".
Ch.Campbell--AT