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Les Koweïtiens contraints de rationner l'électricité face aux frappes iraniennes
Réduire la climatisation en plein été dans un des pays les plus chauds au monde: comme les autres habitants du Koweït, Nasser al-Dhafiri doit revoir ses habitudes face à des frappes iraniennes qui ciblent les centrales électriques.
"Ce que le Koweït traverse aujourd'hui est quelque chose que nous n'avons même pas connu lors de l'invasion irakienne en termes de pression psychologique et d'incertitude sur la suite des événements", confie à l'AFP ce fonctionnaire d'une quarantaine d'années.
Depuis l'effondrement du fragile cessez-le-feu entre l'Iran et les Etats-Unis, les habitants se réveillent au son des sirènes et des explosions au Koweït et à Bahreïn, les deux cibles principales de la République islamique dans le Golfe.
Si Téhéran affirme viser des intérêts américains, le Koweït l'a accusé ces derniers jours d'avoir bombardé des centrales électriques et de dessalement d'eau de mer.
En réponse, les autorités ont demandé à la population de réduire sa consommation, notamment destinée à la climatisation, énergivore mais omniprésente, afin de pouvoir garantir un approvisionnement en électricité 24 heures sur 24.
Ces attaques sur les infrastructures "sèment l'inquiétude et la confusion dans notre quotidien", raconte Nasser al-Dhafiri. "On a désormais conscience que le maintien des services essentiels relève de la responsabilité de tous".
- L'eau, enjeu de la guerre -
La production d'électricité est d'autant plus vitale pour le Golfe qu'elle alimente les usines de désalinisation, très gourmandes en énergie.
Dans une région parmi les plus arides du monde où la disponibilité de l'eau est dix fois inférieure à la moyenne mondiale selon la Banque mondiale, ces sites jouent un rôle essentiel pour l'économie et la consommation d'eau potable de ses millions d'habitants.
"Les frappes sur les unités de traitement de l'eau mais aussi celles sur les centrales électriques les alimentant pourraient donc interrompre l'approvisionnement en eau potable: couper l'eau en coupant l'électricité", résume David Michel, un expert en sécurité alimentaire et en approvisionnement en eau du Center for Strategic and International Studies (CSIS).
Bien que parmi les plus grands producteurs de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), le Koweït a régulièrement du mal à satisfaire la demande en électricité de la population, particulièrement en été, quand les températures grimpent jusqu'à 50°C.
"Préserver l'électricité signifie préserver les ressources de la nation, nous ne devons pas surcharger le réseau électrique avec une consommation inutile, surtout dans ces circonstances", estime le sexagénaire Abdulrahman al-Azmi.
Un autre résident koweïtien explique éteindre désormais l'air conditionné avant de quitter son domicile et couper son éclairage extérieur. "Chacun peut contribuer à nous sortir de cette période", souligne Khaled al-Badri.
- "Forte mobilisation" -
Les frappes iraniennes mettent à rude épreuve un réseau électrique déjà éprouvé par l'invasion de l'Irak de 1990-1991 et la première phase de la guerre déclenchée par des frappes israélo-américaines sur Téhéran le 28 février.
Après leur défaite, les troupes irakiennes avaient incendié des centaines de puits pétroliers koweïtiens, provoquant une crise environnementale et des coupures de courant ponctuelles.
Cette fois-ci, les autorités de l'émirat s'efforcent de contenir les perturbations potentielles.
Samedi, le ministère de l'Electricité a salué la "forte mobilisation" du public qui a réduit sa consommation d'électricité au-delà des espérances.
Ces efforts ont "permis au ministère de surmonter une période difficile pour le réseau électrique et ont contribué à maintenir la stabilité de nos services", s'est félicitée la porte-parole du ministère Fatima Hayat.
P.Smith--AT