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Londres nationalise le sidérurgiste British Steel au nom de la "sécurité nationale"
Le gouvernement britannique a annoncé jeudi la nationalisation du sidérurgiste British Steel, auparavant propriété du groupe chinois Jingye, un développement qui était attendu au nom de la "sécurité nationale", mais qui crée des tensions avec Pékin.
Cette décision "garantit l'avenir de la production d'acier au Royaume-Uni, protège des emplois qualifiés et préserve une capacité nationale vitale", a affirmé le Premier ministre sortant Keir Starmer dans un communiqué.
Cela "contribuera à préserver les chaînes d’approvisionnement, les grands projets d’infrastructure et la sécurité nationale", est-il également précisé dans le communiqué.
Le sort de cette entreprise était en suspens depuis plus d'un an: le gouvernement en avait déjà pris, de fait, le contrôle en avril 2025 pour éviter la fermeture des deux derniers hauts fourneaux au charbon du pays. Il avait confirmé en mai dernier son intention de nationaliser.
Mais cette décision, qui ramène British Steel dans le giron de l'État britannique après sa privatisation en 1988, a nécessité l'adoption par le Parlement d'une loi spéciale, qui a finalement reçu mercredi l'assentiment royal. Cette formalité constitue la dernière étape du processus législatif au Royaume-Uni.
- Quelle indemnisation? -
Cette entreprise "fait partie du tissu de notre nation et constitue une pierre angulaire de la puissance industrielle de la Grande-Bretagne", insiste Keir Starmer, qui doit être remplacé lundi à Downing Street par Andy Burnham, ancien maire travailliste du Grand Manchester -- à l'issue d'une longue crise politique au sein du parti au pouvoir.
Le gouvernement indique également qu'une nouvelle équipe dirigeante a été nommée chez British Steel "pour se concentrer sur la stabilisation de l'activité" et en faire une "entreprise commercialement viable et à faible empreinte carbone".
Le groupe chinois Jingye, qui avait racheté British Steel en 2020, avait annoncé l'an dernier son intention de fermer les deux hauts fourneaux de Scunthorpe (nord de l'Angleterre), faute de rentabilité, avec 2.700 emplois en jeu.
Après des négociations infructueuses avec l'entreprise, le gouvernement britannique avait fait voter au Parlement une législation d'urgence forçant British Steel à poursuivre son activité, sous peine de sanctions, un épisode qui avait provoqué des tensions avec la Chine.
La question qui se pose désormais est celle de l'indemnisation: Jingye exige une compensation intégrale de la part du gouvernement britannique pour les pertes liées aux investissements effectués avant que Londres ne reprenne le contrôle de l'aciérie.
L'entreprise avait prévenu en juin qu'elle utiliserait "tous les moyens légaux pour protéger de manière continue et résolue l'ensemble de ses droits et intérêts légitimes".
Un expert indépendant devra évaluer si une indemnisation doit être versée, a précisé le gouvernement jeudi.
- "A la merci" des importations -
Pour le ministre des Entreprises et du Commerce Peter Kyle, il était impensable de laisser les deux derniers hauts fourneaux à charbon du pays disparaître, car ils sont les seuls à même de produire de l'acier primaire -- c'est à dire directement à partir de minerai de fer, par opposition à l'acier recyclé.
"L'entreprise devenait vulnérable" et le pays a "besoin de cette production d’acier primaire: si elle venait à disparaître, nous serions à la merci des marchés internationaux et des approvisionnements étrangers pour le type de production qui alimente nos chemins de fer et notre secteur du bâtiment", a-t-il martelé sur Times Radio.
Londres a lancé en mars sa "Stratégie pour l'acier", avec notamment des droits de douane à 50% et une réduction des quotas d'importations, dans l'optique de protéger une industrie sidérurgique jugée vitale pour ses infrastructures nationales mais aussi sa défense.
Les syndicats ont applaudi dès mercredi la loi qui autorise la nationalisation.
"Il n'est pas exagéré de dire que les ministres ont sauvé l'industrie sidérurgique britannique", a assuré dans un communiqué Charlotte Brumpton-Childs, secrétaire nationale du syndicat GMB.
"Mais le travail acharné pour la maintenir en vie ne fait que commencer", a-t-elle ajouté, appelant à "un engagement à ce que les projets d'infrastructures publiques achètent" de l'acier britannique.
A.Taylor--AT