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Derrière Mikhaïl et la perestroïka, Raïssa Gorbatcheva
Derrière la carrière politique de Mikhaïl Gorbatchev, mort mardi à 91 ans, se dessine en filigrane la figure de son épouse, Raïssa Gorbatcheva, qui sut s'imposer dans l'univers confiné du pouvoir soviétique.
Elle joua un rôle non négligeable au côté de son mari pendant la perestroïka.
Gorbatchev ne cessera de se reprocher la disparition de celle qu'il avait rencontrée sur les bancs de l'université et à qui il voua un amour sans faille pendant leurs 50 ans de vie commune.
Raïssa Gorbatcheva s'est éteinte le 20 septembre 1999 à l'âge de 67 ans, des suites d'une leucémie aigüe dans une clinique en Allemagne.
"Je repense encore et encore aux derniers jours de vie de Raïssa et aux tourments qu'elle a subis. Qu'aurais-je dû faire ou ne pas faire pour éviter ce malheur? je ne sais pas, je ne sais pas", confiait Gorbatchev dans son dernier livre, "En tête-à-tête avec soi-même".
Paradoxalement, si elle était peu appréciée des Soviétiques quand son mari était au pouvoir, son décès provoqua une vive émotion chez les Russes, qui la reconnurent tardivement comme leur première "first lady".
Souriante, cultivée, d'une élégance rare, Raïssa Gorbatcheva détonna en effet dans l'univers jusqu'alors terne et effacé des épouses de dirigeants soviétiques, s'attirant les sympathies en Occident.
"Raïssa était tout à fait différente, ne ressemblait pas aux gens que l'on avait l'habitude d'associer au système soviétique. C'était une femme sûre d'elle, brillante et vive", raconta l'ex-Premier ministre britannique Margaret Thatcher dans un livre de témoignages publié en russe en 2009.
Gorbatchev disait souvent que son épouse avait été le moteur de sa vie.
Etudiante en philosophie originaire de Roubtsovsk, un minuscule village dans la région reculée de l'Altaï, près de la Mongolie, elle ne manifeste pourtant le jour de leur rencontre aucun intérêt pour le jeune Mikhaïl, étudiant en droit venu de Stavropol, près de la chaîne du Caucase.
A l'inverse, celui-ci se sent "ensorcelé" et fait tout pour revoir la jeune femme, qui sort d'une rupture difficile. Les deux jeunes gens commencent à se fréquenter, mais un beau jour, Raïssa lui dit qu'elle ne peut plus le revoir.
"J'ai dit à Raïa (diminutif de Raïssa, ndlr) que je ne pouvais pas le faire, que c'était tout simplement pour moi une catastrophe", racontera-t-il. Ils ne se sépareront plus.
- Couple fusionnel -
Après leur mariage, le couple part à Stavropol, où Gorbatchev entame son ascension dans le parti communiste. Les jeunes gens ont du mal à joindre les deux bouts, mais vivent une époque "heureuse", au cours de laquelle Raïssa donne naissance à leur seul enfant, Irina.
Elle sera un soutien indéfectible, tout au long de sa carrière politique qui le mènera aux plus hautes fonctions, jusqu'à la fin de l'Union soviétique.
"Toute notre vie, où que nous soyions, nous n'avons jamais arrêté de dialoguer avec Raïssa. Une fois devenu secrétaire général et président, j'appelais Raïssa ou elle m'appelait deux-trois fois par jour", se souvenait-il dans son dernier ouvrage.
Mais son omniprésence au côté de son mari lui valut d'être considérée comme son éminence grise, faisant grincer des dents en Union soviétique.
"Je parle de tout avec mon épouse, y compris des affaires soviétiques au plus haut niveau", avait déclaré un jour le numéro un soviétique, s'attirant les foudres des conservateurs.
Des années plus tard, Gorbatchev se défendra d'avoir été influencé par Raïssa.
"Les histoires mille fois rebattues selon lesquelles elle prenait des décisions politiques ou faisait pression sur moi sont des balivernes. Elle ne savait même pas comment le Politburo travaillait et ce qu'il faisait", écrivit-il dans son livre.
De même, le goût de la Première Dame pour le luxe et la haute couture fut violemment critiqué par ses compatriotes, à une époque où le pays était frappé par les pénuries.
Mais elle suscita leur compassion après le coup d'Etat avorté du mois d'août 1991. En Crimée avec son mari, elle avait alors été frappée d'apoplexie, après avoir passé trois jours d'angoisse et d'isolement avec son mari sous surveillance policière. Les images télévisées de son retour à Moscou montrent une femme choquée et diminuée.
Après ces événements, elle était restée pendant près de 18 mois hospitalisée, en raison de problèmes de tension artérielle.
Un an après sa mort, Gorbatchev écrivit: "Ma vie a perdu de son sens (...) Jamais je ne m'étais senti aussi seul."
A.Ruiz--AT