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L'Ukraine se prépare pour une rentrée scolaire au rythme des sirènes
A cinq mètres sous terre à Kiev, Mykhaïlo Aliokhine met la touche finale à l'abri souterrain où ses élèves pourraient bien passer du temps après la rentrée scolaire jeudi, qui se prépare en Ukraine au rythme des sirènes anti-aériennes.
Dans la classe au-dessus, des cartables gisent abandonnés, vestiges du dernier jour de cours avant le début de l'invasion russe du pays lancée le 24 février.
L'abri, jadis un vestiaire, a déjà été éprouvé par la guerre: 60 personnes y vivaient dans les premières semaines du conflit. Aujourd'hui, il peut en accueillir 600 dans ses 300 mètres carrés.
"Dès qu'une sirène se déclenchera, nos équipes feront immédiatement descendre les enfants au sous-sol quelle que soit l'activité du moment. Dans la mesure du possible, elle y sera maintenue", explique à l'AFP M. Aliokhine, le directeur.
Malgré ces conditions austères, il espère retrouver au moins un tiers de ses 460 élèves âgés de six à seize ans jeudi, le jour de la rentrée.
- Apprendre à s'adapter -
En 2021, l'Ukraine comptait 4,2 millions d'élèves. Mais plus de 2 millions d'enfants ont fui à l'étranger depuis le début de la guerre et 3 millions sont déplacés à l'intérieur du pays, selon l'Unicef.
A Kiev, désormais loin du front, 132.000 enfants sont attendus dans les classes le 1er septembre, selon le maire Vitali Klitschko.
Dans l'école privée de Mykhaïlo Aliokhine, dont le nom n'est pas révélé par mesure de sécurité, les employés se préparent à deux scénarios pour la rentrée.
Le premier, "en surface", prévoit des cours à dix mètres de l'entrée de l'abri.
Le second, "souterrain", se tiendra sous terre en cas d'alerte anti-aérienne, comme c'est le cas tous les jours.
"Je n'exclus pas que l'ennemi, qui aime beaucoup les dates symboliques, puisse +profiter+" de la rentrée des classes pour attaquer, confie le directeur de 26 ans.
Bombardements ou pas, les enseignants vont organiser une fête dans l'abri à la rentrée pour "montrer aux enfants que c'est un lieu sécurisé où ils vont très certainement passer beaucoup de temps cette année".
L'abri est approvisionné en eau et en nourriture pour 48 heures. Une équipe de médecins et de psychologues sera aussi disponible en permanence.
"Je n'aurais jamais imaginé ça, mais nous y voilà... la nouvelle réalité", lance M. Aliokhine.
- "Vivre la vie pleinement" -
Près de la moitié des quelque 23.000 établissements scolaires ukrainiens --dont 2.135 ont été endommagés par la guerre-- disposent d'abris équipés et pourront donc démarrer l'année scolaire en présentiel, selon le ministère de l'Education.
Pour les autres, comme pour tous ceux situés près du front, l'enseignement se déroulera grâce à internet.
La triste réalité de la guerre ne semble pour autant pas avoir affecté l'enthousiasme pour la rentrée, un jour important en Ukraine.
"Je vis à côté de mon école, j'y serai plus en sécurité car on nous fera descendre dans l'abri de manière organisée", assure Polina, adolescente de 16 ans, entourée de ses amies à une terrasse de café.
"Nous voulons juste vivre notre vie pleinement après deux ans de Covid et six mois de guerre. Nous n'avons pas peur, nous avons déjà suffisamment enduré", poursuit-elle, avant d'ajouter: "Notre génération a décidé de vivre dans le moment présent".
Ce sont toutefois les parents qui sont confrontés à ce choix difficile.
Selon Serguiï Gorbatchov, préposé gouvernemental à l'Education, la plupart de parents vont refuser que leurs enfants étudient sur place, à cause des risques.
Ioulia Chatravenko-Sokolovitch, maman de Myroslava, sept ans, a décidé que sa fille serait en classe jeudi.
"Bien sûr, nous avons tous peur mais je ne peux pas priver mon enfant de socialisation", explique-t-elle, ajoutant: "Je fais confiance à l'armée ukrainienne qui nous défend".
"Le fait que l'on retrouve une vie plus ou moins normale me donne de l'espoir", reconnaît-elle.
W.Stewart--AT