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L'un des présentateurs du "Daily Show" aimerait que Trump rende la satire moins facile
En se moquant des excentricités de Donald Trump, de son administration et de ses partisans, Jordan Klepper s'est fait un nom aux Etats-Unis, où des millions de téléspectateurs regardent l'émission satirique "The Daily Show".
Pourtant, l'humoriste aimerait parfois que le président et sa cohorte de fidèles ne lui mâchent pas autant le travail.
"On ne manque jamais de sujets ni de personnages à aborder dans l'entourage de Donald Trump" pour faire de l'humour, explique le trublion de 47 ans à l'AFP, selon qui, parfois, les situations sont plus absurdes qu'elles ne le devraient.
"J'aimerais qu'on ait un peu plus de travail" pour conférer à la réalité un caractère humoristique, mais "il n'y a pas besoin de se donner de mal", raille Jordan Klepper, lors d'un entretien à Los Angeles.
Ce dernier fait partie d'une équipe mordante de chroniqueurs animant à tour de rôle "The Daily Show", une émission de fin de soirée qui jette depuis plus de 30 ans un regard décalé sur l'actualité américaine.
Pour ce programme, l'humoriste se rend fréquemment aux rassemblements du président américain ou à d'autres événements de son mouvement "Make America Great Again" (MAGA), où il s'entretient avec des partisans animés par une foi inébranlable en Donald Trump, peu importe les faits.
"Donald Trump est un président de la paix et ne s'est jamais trompé sur quoi que ce soit, et pourtant nous sommes engagés dans une guerre dont on nous avait promis que nous ne ferions pas partie", ironise-t-il, en référence au conflit avec l'Iran.
"Les dossiers Epstein étaient censés être rendus publics, ils ne le sont pas, et pourtant il y a encore des gens qui clament haut et fort cette idée de Donald Trump: +promesses faites, promesses tenues+", constate Jordan Klepper.
L'extrême fragmentation du paysage médiatique américain constitue selon lui un problème majeur pour la première puissance mondiale.
"Les gens vivent dans des réalités très différentes à travers tout le pays et ces réalités se reflètent dans les sources d'information qu'ils consultent, leurs cercles d'amis et les réseaux sociaux qu'ils interprètent", estime-t-il.
"Mon travail consiste à mettre en évidence cette hypocrisie, à m'en amuser, en espérant le faire avec empathie, mais aussi avec une véritable curiosité quant à la manière dont les gens peuvent adhérer à certaines vérités qui défient la logique ou la réalité", ajoute-t-il.
- Président susceptible -
Ces dix dernières années, une poignée de "late night shows" se sont érigés en bastions de la satire américaine, bien aidés par l'irruption du milliardaire républicain sur la scène politique.
Le président constitue une cible privilégiée pour les animateurs et leurs scénaristes, qui produisent quotidiennement des monologues denses ayant souvent le double objectif d'informer le public sur l'actualité, tout en tournant en dérision ses protagonistes.
Susceptible face à leurs attaques, M. Trump a ouvertement fait campagne pour que ces émissions soient privées d'antenne.
L'octogénaire s'est largement réjoui après la suspension temporaire de l'émission de Jimmy Kimmel l'année dernière, tout comme de l'annulation du "Late Show" de Stephen Colbert, mis au placard après trois décennies d'antenne.
Comme tous les autres programmes télévisuels, les audiences télévisées des "late night shows" s'effritent. Mais ces émissions trouvent aussi un large public en ligne, où leurs extraits satiriques peuvent se propager comme une traînée de poudre.
Conçues pour devenir virales, les rencontres de M. Klepper dans l'univers MAGA en sont un bon exemple.
L'ironie de ce succès, créé par le même système qui enferme les citoyens dans leur bulle d'information, n'échappe pas à l'intéressé.
"L'algorithme s'adresse à chacun d'entre nous différemment. Il nous murmure à l'oreille et nous dit ce que nous voulons entendre", reconnaît-il. "Nous sommes le produit des algorithmes qui nous sont proposés."
Si ses interactions avec les fidèles MAGA visent à jouer sur leurs incohérences, il assure s'efforcer de les traiter avec respect.
Selon lui, les Américains de toutes les chapelles politiques ont plus en commun qu'ils ne le pensent.
"Je n'ai pas de réponse quant à la manière dont ce pays peut se rassembler", lâche-t-il. "Mais je sais que nos convictions et nos préoccupations sont plus proches les unes des autres que ne le laissent entendre bon nombre des informations qui s'affichent sur nos téléphones."
W.Stewart--AT