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L'Ukraine dénonce une frappe meurtrière sur une gare, Moscou dit avoir tué des soldats
L'Ukraine a dénoncé jeudi le bombardement russe d'une gare qui a provoqué la veille selon elle la mort d'au moins 25 civils, Moscou affirmant de son côté avoir visé un train militaire et tué plus de 200 soldats.
L'opérateur ukrainien Energoatom a par ailleurs annoncé que la centrale nucléaire de Zaporijjia, en zone occupée dans le sud de l'Ukraine et au centre de toutes les inquiétudes en raison de bombardements dont s'accusent mutuellement Russes et Ukrainiens, s'était trouvée "totalement déconnectée" du réseau après des dommages sur les lignes causés par des incendies. Il a précisé que les installations nucléaires restaient alimentées par la centrale thermique voisine.
Perpétrée le jour de la fête nationale ukrainienne, qui coïncidait avec le sixième mois de l'offensive déclenchée par la Russie le 24 février contre l'Ukraine, la frappe sur la gare de Tchapliné, dans la région de Dnipropetrovsk (centre), a été dénoncée par le président Volodymyr Zelensky devant le Conseil de sécurité de l'ONU.
"Nous allons faire en sorte que les agresseurs paient pour tout ce qu'ils ont fait. Et nous allons les chasser de notre terre", a déclaré mercredi soir M. Zelensky dans son discours par vidéoconférence.
Après le Britannique Boris Johnson mercredi, il a reçu jeudi à Kiev le ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio.
Le bilan exact du bombardement restait à confirmer jeudi. Oleg Nikolenko, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a fait état sur Twitter de "25 civils tués à la suite d'un tir de missile" sur la gare, dénonçant le "terrorisme de Moscou".
Le parquet général ukrainien a de son côté indiqué que "10 civils ont été tués, dont deux enfants de six et 11 ans, et 10 autres blessés, dont deux enfants" à la gare de Tchapliné et dans ses environs, laissant ouverte la possibilité que les autres victimes ne soient pas des civils.
- "Un train militaire" -
La Russie affirme avoir frappé "un train militaire" en partance pour "les zones de combat" de l'est de l'Ukraine, l'objectif stratégique prioritaire de Moscou.
Un missile Iskander "a directement touché un train militaire dans la gare de Tchapliné (...) éliminant plus de 200 militaires de la réserve des forces armées ukrainiennes" ainsi que des équipements, a déclaré le ministère russe de la Défense.
Les opérations de recherche des survivants se poursuivaient jeudi à Tchapliné, selon le gouverneur de Dnipropetrovsk, Valentin Reznitchenko.
"L'UE condamne fermement les frappes russes atroces effectuées contre des civils" mercredi en Ukraine et leurs responsables "devront rendre des comptes", a averti jeudi le chef de la diplomatie de l'UE Josep Borrell.
Selon les autorités ukrainiennes, les Russes ont intensifié leurs tirs dans plusieurs régions mercredi, jour de fête nationale marquant l'indépendance acquise en 1991 à l'égard de Moscou au moment de la chute de l'URSS.
"Le nombre des bombardements sur les villes et les villages a augmenté. Au cours des dernières 24 heures, la police en a recensé 58, largement plus que ce que nous voyons d'habitude", a déclaré Evhen Enin, le vice-ministre ukrainien de l'Intérieur.
Selon les médias locaux, neuf régions ukrainiennes ont été bombardées mercredi et 189 sirènes d'alerte ont retenti au total à travers le pays, un record depuis le début de la guerre le 24 février.
Les bombardements ont notamment touché plusieurs districts de la région de Dnipropetrovsk, a précisé Valentin Reznitchenko, parlant d'"une nuit très difficile".
Selon les autorités ukrainiennes, les frappes russes ont également visé mercredi Khmelnytsky, dans l'ouest, une zone éloignée du front, la ville de Mykolaïv (sud), l'une des les plus pilonnées depuis le début de la guerre et où elles ont notamment ciblé des infrastructures portuaires, ainsi que les régions de Kharkiv (nord-est) et de Donetsk (est).
Les combats et bombardements en Ukraine ont dans l'ensemble connu une baisse d'intensité depuis début juillet.
Depuis le retrait des forces russes des environs de Kiev fin mars, l'essentiel des combats s'est concentré dans l'est, où elles ont progressé très lentement avant que le front ne se fige, et dans le sud, où les troupes ukrainiennes disent mener une contre-offensive, également très lente.
- Armes à sous-munitions -
La Russie continue cependant de frapper régulièrement d'autres régions avec des missiles de longue portée, même si la capitale et ses environs sont rarement touchés.
L'armée russe a massivement utilisé des armes à sous-munitions en Ukraine, causant des centaines de victimes civiles et frappant des habitations, des écoles et des hôpitaux, a souligné jeudi un organisme de surveillance, l'Observatoire des armes à sous-munitions (Cluster Munition Coalition, CMC) dans son rapport annuel.
"L'utilisation massive par la Russie en Ukraine d'armes à sous-munitions internationalement interdites démontre un mépris flagrant pour la vie humaine, les principes humanitaires et les normes juridiques", a déclaré Mary Wareham, qui a participé à la rédaction du rapport.
La Russie en a utilisé "un nombre dévastateur" depuis le début de l'invasion, "principalement sur des infrastructures civiles", a relevé le CMC.
Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres avait dénoncé une nouvelle fois mercredi une guerre "absurde", après six mois d'un conflit a fait des dizaines de milliers de morts et de blessés.
L'Ukraine avait reconnu lundi la mort de près de 9.000 soldats depuis le début du conflit, un bilan probablement inférieur à la réalité. La Russie ne donne pas publiquement de chiffres sur ses pertes. Près de 80.000 de ses militaires ont été tués ou blessés depuis le début de l'invasion, avait estimé début août le numéro trois du Pentagone américain.
Le président russe, Vladimir Poutine, a ordonné par décret jeudi d'augmenter de 137.000 soldats les effectifs de l'armée russe, déjà forte officiellement de plus d'un million d'hommes mais dont l'offensive contre l'Ukraine n'a pas démontré la capacité à mobiliser des renforts substantiels sur un théâtre de guerre, dans un contexte de tensions grandissantes avec les Occidentaux.
burx-emd-lpt/bds
M.Robinson--AT