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En Autriche, le procès d'anciens responsables syriens accusés de torture
Un ex-général et un ex-policier syriens ont commencé à être jugés lundi à Vienne, en Autriche, lors d'un rare procès en Europe pour des faits de torture commis sur des opposants au régime de Bachar al-Assad, à Raqqa, entre avril 2011 et mars 2013.
L'audience a commencé peu après 09H30 (07H30 GMT).
Les prévenus, qui plaident non coupable, sont Khaled al-Halabi, 63 ans, un ancien général des services de renseignement syriens en détention provisoire depuis fin 2024, et Musab Abu Rukhbah, un ancien chef du bureau des enquêtes de la police criminelle locale.
Ils avaient demandé l'asile en Autriche en 2015 et résident depuis dans ce pays. Raqqa est tombé en 2013 aux mains des islamistes de l'Etat islamique d'Irak et du Levant (EIIL), futur groupe Etat islamique.
D'après le parquet, quand il était encore en fonctions, l'ancien général recevait des "ordres directs" du gouvernement en Syrie, où la violence était utilisée "de manière systématique" et où il existait des "méthodes de torture standardisées".
D'origine druze, M. al-Halabi a nié que des actes de torture aient eu lieu sous sa direction. "Il n’y avait aucune instruction" du gouvernement en ce sens, a-t-il déclaré au tribunal par l’intermédiaire d’un interprète, tandis que des policiers armés et cagoulés montaient la garde.
Il est poursuivi pour les crimes de torture, de contrainte aggravée, de contrainte sexuelle, ainsi que pour de multiples lésions corporelles graves et encourt jusqu'à dix ans de prison.
Le second prévenu, Musab Abu Rukbah, qui n'a pas témoigné à la barre, doit également répondre des accusations de lésions corporelles graves, de contrainte aggravée, ainsi que du crime de contrainte sexuelle, encourant aussi jusqu'à dix ans de prison.
Selon son avocat, Philipp Wolm, il n’existe aucune preuve contre lui.
- Exfiltré -
La compétence du tribunal de Vienne résulte du domicile des prévenus. L'obligation de poursuivre découle de traités internationaux.
Treize jours d'audience sont prévus, jusqu'au 30 juin. Des témoignages de victimes en provenance de Syrie et d'Europe sont attendus.
Anwar al-Bunni, un avocat syrien installé en Allemagnen présent lundi au tribunaln et qui a lui-même passé cinq ans dans les prisons syriennes, a estimé que le général aurait dû être jugé avec une autre qualification.
"Ce procès est important, mais je ne comprends vraiment pas pourquoi il n'est pas inculpé de crimes contre l'humanité", a-t-il déclaré à l'AFP, évoquant des charges plus lourdes pour des faits similaires en Allemagne.
Lors d'un premier procès concernant la torture en Syrie, qui a eu lieu en 2022 dans ce pays voisin, un ancien employé des services secrets syriens a été condamné à la prison à vie.
Concernant la présence en Autriche de l'ancien général, des hauts fonctionnaires autrichiens avaient été relaxés en 2023 au bénéfice du doute. Le parquet leur reprochait de l'avoir aidé à obtenir la protection du pays.
Interrogé au sujet de sa fuite, Khaled al-Halabi a déclaré que des proches l’avaient soutenu, mais qu’il n’en savait pas davantage.
L'acte d'accusation invoquait un accord conclu en mai 2015 avec le Mossad israélien. Le parquet affirmait que ce dernier avait exfiltré le militaire syrien de France, où il se trouvait à l'époque, pour le conduire en Autriche.
D'après l'agence APA, l'opération baptisée "lait blanc", avait été pilotée par Martin Weiss, alors chef de service des renseignements autrichien (BVT), en fuite à Dubaï et à présent recherché pour ses liens avec un autre espion autrichien fugitif, Jan Marsalek, soupçonné d'être protégé par Moscou.
"L'Autriche ne doit pas devenir un refuge pour les criminels de guerre", selon Tatiana Urdaneta Wittek, du Centre international pour l'application des droits humains (CEHRI). Interrogée par l'agence APA, elle représente 18 des 21 victimes connues.
D.Johnson--AT