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Irak: démonstration de force des partisans de Sadr devant le pouvoir judiciaire
Les partisans du clerc chiite irakien Moqtada Sadr ont tenu mardi un sit-in de plusieurs heures devant le Conseil suprême de la magistrature à Bagdad avant de lever le camp sur ordre de leur leader, nouvelle démonstration de force sur fond de grave crise politique.
Riche en pétrole mais accablé par une dépression économique et sociale, l'Irak est dans une impasse totale depuis les législatives d'octobre 2021.
Le sit-in monté devant la plus haute autorité judiciaire du pays est le dernier rebondissement en date de la crise qui met aux prises l'incontournable Moqtada Sadr et ses adversaires, chiites eux aussi, du Cadre de coordination, une alliance regroupant des factions pro-Iran.
Car depuis les législatives, l'Irak n'a ni nouveau Premier ministre, ni nouveau gouvernement. Entre violentes querelles et invectives sans lendemain, les tractations piétinent entre barons de la politique.
Moqtada Sadr a démontré sa capacité à mobiliser: depuis plus de trois semaines ses partisans campent autour du Parlement dans la Zone Verte.
En réaction, le Cadre de coordination a monté son propre sit-in aux abords de ce quartier ultra-sécurisé qui abrite institutions gouvernementales et ambassades.
Mardi, le leader chiite, aussi imprévisible qu'influent, a encore fait monter les enchères. Par centaines, ses partisans ont bloqué l'accès à la plus haute instance judiciaire de l'Irak à coup de tentes montées en un clin d'oeil. Ils ont brandi des affiches réclamant "la dissolution de l'Assemblée nationale" et une "lutte contre la corruption".
Les condamnations n'ont pas tardé à pleuvoir.
La mission de l'ONU en Irak a dit respecter le droit de "manifester pacifiquement", tout en exhortant au "respect des institutions étatiques".
Et le Cadre de coordination a dit "refuser tout appel au dialogue direct" avec les sadristes tant qu'ils n'auront pas mis fin "à l'occupation des institutions".
Ce sit-in est tout en symbole: début août, Moqtada Sadr avait sommé la justice irakienne de dissoudre le Parlement. En vain. Les juges s'étaient déclarés incompétents.
-"Révolutionnaires"-
Au bout de dix heures de sit-in, Moqtada Sadr a "conseillé" à ses fidèles de quitter les lieux, pour "préserver la réputation des révolutionnaires et pour ne pas nuire au peuple".
Mais il les a enjoints à laisser les tentes montées sur place et de poursuivre l'autre campement, devant le Parlement, "si vous le voulez".
Obéissant au doigt et à l'oeil à leur leader, les manifestants ont alors quitté l'accès au Conseil suprême pour rentrer chez eux, a rapporté un journaliste de l'AFP.
Les magistrats ont annoncé dans la soirée qu'ils reprendraient mercredi leur travail interrompu par la force des choses.
S'accusant mutuellement de pousser l'Irak au bord de l'abîme, sadristes et partisans du Cadre de coordination s'affrontent sur les modalités de désignation du Premier ministre et du gouvernement.
La crise a débuté quand le Courant sadriste a refusé fin juillet le candidat du Cadre de coordination au poste de Premier ministre.
Le Cadre s'est dit ouvert à une dissolution votée par les députés, Moqtada Sadr, intransigeant, exige que la justice dissolve le Parlement... d'où le sit-in devant le Conseil suprême de la magistrature.
Le Premier ministre a convoqué la semaine dernière un "dialogue national" pour tenter de sortir l'Irak de l'ornière, une réunion boycottée par les représentants du Courant sadriste.
Moqtada Sadr réclame aussi un changement de la Constitution qui permettrait au gagnant du scrutin d'avoir le droit de former le gouvernement à sa guise -- ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
Son Courant était arrivé premier aux législatives d'octobre 2021 avec 73 sièges (sur 329). Mais, incapable de former une majorité dans l'hémicycle, Moqtada Sadr avait fait démissionner ses députés en juin.
Les prises de bec entre le camp sadriste et le Cadre de coordination n'ont pour l'heure pas dégénéré en affrontements armés, mais dans la foulée du sit-in de mardi, le Hachd al-Chaabi, d'anciens paramilitaires pro-Iran intégrés aux forces irakiennes, s'est dit prêt à "défendre les institutions étatiques".
K.Hill--AT