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La défense de Nicolas Sarkozy clôt le procès libyen en appel
Le procès en appel sur les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy se referme mercredi avec les plaidoiries des avocats de l'ancien chef de l'Etat, qui clame son innocence mais risque une infamante peine de prison.
Le désignant comme l'"instigateur" d'un pacte de corruption avec la Libye du dictateur Mouammar Kadhafi, au "plus haut niveau de gravité que la République puisse connaître", le parquet général a réclamé sept ans de prison contre Nicolas Sarkozy, 71 ans, pour association de malfaiteurs, corruption et financement illégal de sa campagne victorieuse avec de l'argent public libyen détourné.
C'est la peine la plus lourde réclamée contre les dix prévenus, y compris l'ancien secrétaire général Claude Guéant, 81 ans (six années).
La défense de l'ancien chef de l'Etat va réclamer sa relaxe. Le président de la cour d'appel, Olivier Géron, rendra son arrêt le 30 novembre.
Au fil des 15 années d'une affaire déclenchée par des accusations non étayées du fils de Kadhafi, Saïf al-Islam, Nicolas Sarkozy a évoqué une "fable", une "calomnie", une "manipulation" ourdie "sans l'ombre d'une preuve", ou encore fustigé "la haine" des juges, qui en première instance l'ont condamné à cinq ans de prison, l'envoyant 20 jours à la prison parisienne de la Santé, une incarcération inédite pour un ancien président de la République.
Depuis le 16 mars et l'ouverture du procès en appel, l'ancien chef de l'Etat s'est montré bien plus sobre dans la forme, moins disert dans l'expression publique.
Sur le fond, toutefois, il n'a pas varié: "pas un centime" d'argent libyen n'a atterri dans sa campagne, il n'a jamais envisagé et encore moins préparé un tel financement qui, selon la thèse de l'accusation aurait eu diverses contreparties, notamment un examen de la situation pénale du N.2 du régime, Abdallah Senoussi, condamné à la perpétuité en France pour avoir commandité l'attentat contre le DC-10 d'UTA en 1989 (170 morts dont 54 citoyens français).
Pas plus que le parquet général, sa proclamation d'innocence n'a convaincu les parties civiles, associations anticorruption et familles des victimes de l'attentat. Leurs avocats ont dénoncé la "défense de voyous" des prévenus, derrière "le patron, M. Sarkozy" qui, face aux "questions qui l'embarrassent", a répondu "je ne me souviens pas" ou "les autres se trompent".
- "C'est pas moi, c'est les autres!" -
L'ancien chef de l'Etat a aussi dû affronter la spectaculaire défection de son ancien plus proche collaborateur, Claude Guéant, alors qu'ils avaient présenté un front uni en première instance.
Empêché par sa santé d'assister aux débats, l'ex-secrétaire général de l'Elysée n'a pas supporté d'apprendre que son ancien patron mettait en cause sa probité à la barre. Sans incriminer explicitement Nicolas Sarkozy, il a d'abord pour la première fois contredit son ancien patron dans deux écrits à la cour.
Il a surtout envoyé son avocat livrer en guise de plaidoirie une charge assassine mardi: Me Philippe Bouchez El Ghozi a dénoncé "la cruauté", le "cynisme" de l'ancien chef de l'Etat.
Pour "éloigner la suspicion que des fonds aient été demandés" pour sa campagne présidentielle victorieuse, il aurait présenté celui qui fut son indispensable bras droit comme "un voyou qui aurait reçu pour sa consommation personnelle des fonds libyens".
Le tout en tablant sur l'absence d'un homme "au crépuscule de sa vie" et "sur le fait que les absents ont nécessairement toujours tort". La ligne de défense de Nicolas Sarkozy se résume à "C'est pas moi, c'est les autres!", a-t-il cinglé.
Certes, par la voix de son avocat, Claude Guéant nie toujours tout pacte de corruption ou toute association de malfaiteurs. Mais en le contredisant, son ancien homme lige a incontestablement fragilisé l'ancien chef de l'Etat qui, autant que sa liberté, joue sa postérité.
En cas de condamnation, il lui restera un recours, un pourvoi devant la Cour de cassation. Celle-ci ne se penchera toutefois pas sur le fond du dossier mais sur le respect des règles de droit.
Une condamnation qui sanctionnerait le 30 novembre un pacte de corruption avec une puissance étrangère, qui plus est une dictature criminelle, laisserait un stigmate plus profond que celles, définitives, dans les affaires dites des écoutes et Bygmalion.
O.Ortiz--AT