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Aux portes de pays baltes en alerte, la résignation de Russes de Pskov
L'Europe à un jet de pierre mais l'Europe fermée, l'Europe sur le qui-vive: à Pskov, ville russe proche de l'Estonie et de la Lettonie, des habitants disent ignorer les craintes baltes d'une extension du conflit et vivre au présent, en collectant de l'aide pour l'armée en Ukraine.
Face aux tours grises et ventrues du Kremlin de Pskov, vieilles de neuf siècles, des pêcheurs jettent leurs lignes dans les eaux sombres de la rivière Velikaïa. Pskov, cité médiévale touristique, a toujours été un avant-poste des terres russes aux frontières occidentales, repoussant les attaques des ordres de chevaliers allemands, livoniens et teutoniques.
"La Russie commence ici", clame - en russe - une inscription en lettres gigantesques posée sur le rivage de cette ville située à une trentaine de kilomètres à vol d'oiseau de la frontière estonienne et à environ 60 km de la Lettonie.
Ioulia Andreïeva, comptable de 52 ans, raconte qu'avant l'offensive russe en Ukraine lancée en 2022, elle se rendait "régulièrement" dans ces deux ex-républiques soviétiques.
Mais, en septembre 2022, l'Estonie a fermé ses frontières aux touristes russes, "en raison de l'agression de la Fédération de Russie contre l'Ukraine", selon un décret gouvernemental.
La Lituanie et la Lettonie ont fait de même.
"Maintenant, nous passons nos vacances dans notre région et je n'éprouve pas de grand regret", affirme Ioulia. "Tout est calme ici, pas de sirènes, pas d'alertes aux drones", contrairement aux zones frontalières de l'Ukraine où les attaques de missiles et de drones sont fréquentes.
"J'aimerais bien qu'on se rapproche de la paix, mais l'opération militaire dure déjà plus que la Seconde Guerre mondiale (de l'URSS contre l'Allemagne nazie entre 1941 et 1945, ndlr) et on n'en voit pas encore la fin", regrette Ioulia.
Une éventuelle extension du conflit vers les pays baltes et l'Europe lui semble relever "du pur fantasme".
-"L'Europe est contre nous"-
Tallinn et l'UE disent tout autre chose.
Les autorités estoniennes affirment que les Russes multiplient les provocations dans la région frontalière, notamment autour de la ville de Narva, dont 95% des habitants ont le russe comme langue maternelle.
Au printemps 2024, des gardes-frontière russes ont retiré les bouées délimitant la frontière sur le fleuve. En décembre dernier, trois autres sont passés brièvement côté estonien, suscitant de nouvelles interrogations sur leurs intentions.
Moscou, de son côté, s'affiche en défenseur de la minorité russophone d'Estonie et vilipende la "folie russophobe croissante" de ce pays balte, membre de l'Otan. Une rhétorique similaire à celle qui avait précédé l’offensive des troupes russes en Ukraine et qui inquiète aujourd'hui les Européens.
Etudiant de Pskov, Ivan Smirnov, 23 ans, se dit "indifférent" à la fermeture des frontières. "Il y a deux ans je suis allé en Egypte. Et avant cela à Cuba", deux pays alliés de la Russie.
Ivan dit "comprendre" les craintes des Européens, mais les juge exagérées. "Nous aussi, nous considérons (les Européens) comme des adversaires. Mais je doute fort qu'on avance vers une Troisième Guerre mondiale".
Parmi les pêcheurs, Sergueï Ivanovitch regrette la fermeture des frontières et fait figure d'exception.
"Nous avons de la famille à Riga (en Lettonie, ndlr). Maintenant, nous ne pouvons plus y aller", raconte-t-il.
En Russie, le mari de sa filleule était chauffeur routier et il a perdu son emploi après la fermeture des routes commerciales via l'Estonie.
Le pêcheur de 65 ans se souvient avec nostalgie de l'époque soviétique lorsqu'il faisait son service militaire en Ukraine et Russes et Ukrainiens étaient "amis".
Aujourd'hui, son regard est amer. "Il n'y a plus d'avenir avec les pays baltes, ni avec l'Ukraine. Nous sommes des ennemis maintenant", dit-il en reprenant l'antienne du Kremlin.
"Toute l'Europe est contre nous. Ils veulent affaiblir la Russie. Tout ça, à cause du pétrole et du gaz" russes.
- Mobilisation à l'arrière -
Comme dans de nombreux endroits en Russie, les habitants de la région de Pskov collectent de l'aide pour les soldats russes et les civils des territoires ukrainiens sous contrôle de Moscou.
Une vingtaine de centres d'aide, publics et privés, fonctionnent dans cette région d'environ 570.000 habitants.
Larissa, 68 ans, fabrique chaque jour dans un de ces centres des filets de camouflage: "Nos neveux et nos fils sont au front et nous voulons les aider".
Aliona Oulianova qui dirige la fondation d'entraide Alt à Pskov évoque des convois de près de 40 tonnes tous les deux mois vers la région de Zaporijjia où les combats continuent: vêtements, médicaments, générateurs.
L'engagement d'Aliona est aussi personnel. Son époux a été récemment blessé sur le front ukrainien et a dû être amputé d'un bras et d'une jambe.
Elle veut augmenter son aide aux hôpitaux de campagne: "J'ai vu comment les chirurgiens arrachent nos gars aux griffes de la mort".
R.Lee--AT