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Coups de feu au Sénat philippin où est réfugié "l'architecte" de la guerre contre la drogue de Duterte
Plusieurs coups de feu ont créé la stupeur sans faire de blessés mercredi soir au Sénat philippin, où s'est réfugié le principal responsable de la lutte contre la drogue sous l'ex-président Rodrigo Duterte, recherché par la Cour pénale internationale, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Au moins cinq coups de feu ont retenti, quelques minutes après l'entrée de plusieurs soldats philippins armés de fusils et de gilets pare-balles, ont constaté ces journalistes.
Selon le ministre de l'Intérieur Juanito Victor Remulla, personne n'a été blessé, les auteurs des coups de feu sont toujours recherchés et le sénateur Ronald Dela Rosa est "en sécurité" sur place. "Nous lui avons assuré qu'aucun mandat d'arrêt ne serait mis à exécution", a ajouté le ministre.
Ronald Dela Rosa, ex-chef de la police, est réfugié depuis trois jours dans la Chambre haute pour échapper à une arrestation, tandis que le gouvernement tente de mettre en oeuvre un mandat d'arrêt délivré par la Cour pénale internationale (CPI) qui le recherche pour crimes contre l'humanité.
Selon le président Ferdinand Marcos, les forces gouvernementales sur place n'ont pas fait usage de leurs armes et les agents qui tentaient d’arrêter M. Dela Rosa ont reçu l’ordre de se retirer après une décision de la Cour suprême, qui a enjoint mercredi au gouvernement d’expliquer ses actions.
Il faut "dire à tous nos concitoyens de rester calmes et nous ferons toute la lumière sur cette affaire", a déclaré M. Marcos dans une allocution diffusée à la télévision d’État. "Nous déterminerons qui est derrière ces troubles".
Juste après les coups de feu, le président du Sénat Alan Peter Cayetano, allié de M. Dela Rosa, avait affirmé que tous les sénateurs qui le pouvaient étaient partis "s'enfermer dans leurs bureaux respectifs. Nous ne pouvons pas sortir", avait-il ajouté dans une vidéo diffusée en direct sur sa page Facebook.
M. Dela Rosa avait auparavant demandé à la Cour suprême et à l'armée d’empêcher les autorités de l’arrêter et de l'extrader vers les Pays-Bas.
Plus connu sous son surnom de "Bato", M. Dela Rosa était chef de la police entre 2016 et 2018, soit pendant les deux premières années de l'ancien président Rodrigo Duterte au pouvoir.
Il a été désigné par la CPI comme co-auteur dans la guerre contre la drogue de M. Duterte. Celle-ci a fait des milliers de morts, dont beaucoup étaient des consommateurs de drogue et de petits trafiquants, selon des organisations de défense des droits humains.
- "Camarades en uniforme" -
Ronald Dela Rosa, qui n'avait plus été vu depuis novembre, était réapparu en public lundi pour participer à un vote inattendu qui a permis aux partisans de M. Duterte de prendre le contrôle du Sénat.
La nouvelle direction du Sénat avait déclaré qu'elle n'autoriserait l'arrestation de M. Dela Rosa que si celle-ci était ordonnée par un tribunal philippin.
Mercredi, M. Dela Rosa avait exhorté ses "camarades en uniforme" et ses anciens camarades de classe de l'Académie militaire des Philippines, qui forme la majeure partie du corps des officiers des forces armées, à "faire entendre leur voix" pour que le gouvernement du président Ferdinand Marcos ne le "livre pas aux étrangers".
"Je n'appelle pas à un soutien violent. J'appelle à un soutien pacifique", avait-il dit à la presse.
Avant les coups de feu, environ 500 policiers antiémeutes avaient fait face à quelque 250 manifestants qui réclamaient l'arrestation et la remise à la CPI de celui qu'ils décrivaient comme "l'architecte" de la guerre contre la drogue menée par M. Duterte.
Le sénateur Vicente Sotto avait fait état de bouteilles d’eau lancées par des manifestants contre sa voiture alors qu’il sortait seul du complexe du Sénat.
L'ancien président philippin Rodrigo Duterte a été arrêté à Manille le 11 mars 2025 et est actuellement détenu à la prison de Scheveningen, à La Haye.
La CPI, qui siège à La Haye, a confirmé le mois dernier le chef d'accusation de crimes contre l'humanité à l'encontre de M. Duterte, commis pendant sa "guerre contre la drogue". Les procureurs lui reprochent d'être impliqué dans au moins 76 meurtres liés à cette "guerre".
H.Romero--AT