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Ormuz: le bras de fer n'a "même pas commencé", avertit l'Iran face à l'opération américaine
L'Iran a accentué ses menaces mardi face à l'opération américaine visant à aider des navires à franchir le détroit d'Ormuz, au lendemain d'accrochages et d'une reprise des frappes sur les Emirats qui mettent en péril le cessez-le-feu.
Depuis le début de la guerre engagée le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, Téhéran contrôle cette voie stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures.
Face à cette situation qui a fait bondir le prix du pétrole à des niveaux inédits depuis 2022, Washington tente par tous les moyens de faire pression sur Téhéran.
Il a imposé le 8 avril un blocus des ports iraniens et a lancé lundi l'opération Project Freedom ("Projet Liberté") pour permettre à des bateaux bloqués de franchir le détroit, alors que plus de 900 étaient présents dans le Golfe fin avril, immobilisant quelque 20.000 marins, selon des sites spécialisés.
Téhéran a répliqué par des tirs de missiles et de drones contre des bâtiments militaires américains, qui ont été interceptés selon le commandement américain pour la région (Centcom). Séoul a de son côté fait état d'une "explosion" suivie d'un incendie sur un navire sud-coréen dans le détroit.
"Nous savons bien que la poursuite de la situation actuelle est intenable pour les Etats-Unis, alors que nous n'avons même pas encore commencé", a tonné mardi l'influent président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, chef de file des négociations avec Washington.
Il a accusé les Etats-Unis et leurs alliés de "mettre en péril" la sécurité du transport maritime.
- Les Emirats visés -
Côté américain, le Centcom assure, malgré les démentis iraniens, que deux navires marchands battant pavillon américain, sous escorte des Etats-Unis, ont franchi "avec succès" le détroit d'Ormuz, au premier jour de la mise en œuvre de l'opération. Celle-ci "marche très bien", s'est félicité Donald Trump.
Le géant danois du transport Maersk a lui annoncé qu'un de ses bateaux transportant des véhicules avait pu passer le détroit le 4 mai, "accompagné de moyens militaires américains". Il était coincé depuis le début de la guerre fin février.
Les forces américaines ont aussi dit avoir détruit six embarcations iraniennes "qui représentaient une menace pour la navigation commerciale" .
Là aussi, Téhéran a nié tout dommage sur ses navires, et a accusé les Etats-Unis d'avoir tué cinq civils en ciblant deux bateaux partis d'Oman pour rejoindre la côte iranienne.
Sur la terre ferme, les hostilités ont également repris: les Emirats arabes unis ont annoncé avoir été visés par des missiles de croisière "lancés depuis l'Iran". Une attaque de drone sur le site pétrolier de Fujaïrah, l'un des rares accessibles dans la région sans passer par le Golfe, a fait trois blessés et provoqué un incendie.
Le ministère émirati des Affaires étrangères a dénoncé "une escalade dangereuse", ajoutant que le pays se réservait le droit de riposter.
Et à Oman, deux personnes ont été blessées dans l'attaque d'un immeuble à Bukha, sur le détroit d'Ormuz, selon un média d'Etat.
- "Aventurisme militaire" américain -
Dans ce contexte, le baril de Brent, référence internationale du brut, reste à des niveaux très élevés, autour de 113 dollars, en-deçà toutefois du sommet de 126 dollars atteint la semaine dernière.
"La rhétorique de l'Iran et des Etats-Unis laisse entendre qu'il est probable que la violence s'intensifie avant qu'une solution diplomatique puisse être trouvée", analyse Kathleen Brooks, directrice de recherche pour le courtier XTB.
Assurant qu'il n'avait pas le "projet" de procéder à des frappes contre les pays de la région - les premières depuis la conclusion du cessez-le-feu -, l'Iran a imputé ces attaques à "l'aventurisme militaire américain visant à créer un passage" dans le détroit.
"Les événements à Ormuz démontrent qu'il n'y a pas de solution militaire à une crise politique", a souligné le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi.
Plusieurs pays ont condamné les frappes iraniennes, jugées "inacceptables" par le président français Emmanuel Macron, quand l'Arabie saoudite a mis en garde contre une nouvelle "escalade militaire" dans le Golfe.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a appelé Téhéran à "s'engager véritablement dans des négociations", tout comme le chancelier allemand Friedrich Merz.
Les divergences restent importantes entre les deux pays ennemis, Téhéran refusant apparemment à ce stade d'aborder le crucial dossier nucléaire, et les tentatives de relancer les pourparlers ont jusqu'à présent échoué, malgré une première rencontre directe à Islamabad le 11 avril.
W.Stewart--AT