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Ukraine: nouveaux chargements de céréales, polémique entre Kiev et Amnesty
Trois nouveaux chargements de céréales, cruciaux pour la sécurité alimentaire mondiale, ont quitté l'Ukraine vendredi matin alors qu'un rapport de l'ONG Amnesty International, dénoncé par le président Volodymyr Zelensky, accuse Kiev de mettre en danger la vie des civils dans la guerre avec la Russie.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, fort de son récent succès diplomatique sur les exportations de céréales, doit par ailleurs rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine à Sotchi, sur la mer Noire, afin d'obtenir l'ouverture de négociations, si possible à Istanbul, en vue d'une trêve entre Moscou et Kiev.
Cinq jours après le départ du port ukrainien d'Odessa du premier chargement de céréales depuis le début de l'invasion russe le 24 février, trois nouveaux chargements de céréales ont quitté l'Ukraine en convoi, entamant une série de rotations régulières pour ravitailler les marchés agricoles, a annoncé le ministère turc de la Défense.
Tous progressent sous l’œil du Centre de coordination conjointe (CCC) établi à Istanbul aux termes de l'accord international signé à Istanbul le 22 juillet.
La Russie et l'Ukraine ont signé deux accords séparés, validés par la Turquie et les Nations unies, qui permettent les exportations de céréales ukrainiennes bloquées par la guerre depuis le 24 février et celles de produits agricoles russes malgré les sanctions occidentales.
Ces deux accords doivent permettre d'atténuer la crise alimentaire mondiale qui a vu les prix monter en flèche dans certains des pays les plus pauvres en raison du blocage des ports ukrainiens.
- "Respecter le droit humanitaire" -
Mais les progrès concernant les exportations de céréales sont en partie éclipsés par un rapport d'Amnesty International accusant Kiev de mettre en danger la vie des civils.
Dans ce document publié jeudi après une enquête de quatre mois, Amnesty International a accusé l'armée ukrainienne d'établir des bases militaires dans des écoles et des hôpitaux et de lancer des attaques depuis des zones peuplées, une tactique qui viole selon elle le droit humanitaire international.
"Le fait de se trouver dans une position de défense ne dispense pas l'armée ukrainienne de respecter le droit international humanitaire", a déclaré Agnès Callamard, la secrétaire générale de l'ONG.
Le président Zelensky a vivement réagi jeudi soir, dans sa déclaration vidéo quotidienne, en accusant l'ONG de "tenter d'amnistier l'Etat terroriste" de Russie et de "transférer la responsabilité de l'agresseur à la victime".
"L'agression contre notre Etat est injustifiée, invasive et terroriste. Si quelqu'un rédige un rapport dans lequel la victime et l'agresseur sont d'une certaine manière mis sur un pied d'égalité, si certaines données sur la victime sont analysées et que les actions de l'agresseur sont ignorées, cela ne peut être toléré", a ajouté M. Zelensky.
Le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, s'était également dit "indigné" par les accusations "injustes" d'Amnesty International qui, selon lui, crée "un faux équilibre entre l'oppresseur et la victime, entre le pays qui détruit des centaines et des milliers de civils, de villes, de territoires et le pays qui se défend désespérément".
Amnesty International a toutefois, dans son rapport, insisté sur le fait que les tactiques ukrainiennes ne "justifient en aucun cas les attaques russes aveugles" qui ont frappé les populations civiles.
- Huit morts à un arrêt de bus -
Sur le terrain, des bombardements russes ont visé jeudi plusieurs autres villes et villages ukrainiens, dont Mykolaïv, dans le sud, où des immeubles d'habitations ont été endommagés dans deux quartiers, selon le maire Oleksandre Senkevitch.
Huit personnes ont été tuées et quatre blessées jeudi par une frappe russe ayant touché un arrêt de bus à Toretsk, près de la ligne de front dans l'est de l'Ukraine, a annoncé le gouverneur régional.
A Kharkiv, la deuxième ville du pays, les autorités locales ont rapporté jeudi des attaques de missiles russes ayant frappé des zones industrielles.
Les forces ukrainiennes mènent de leur côté une contre-offensive dans le sud du pays, où elles affirment avoir repris plus de 50 villages contrôlés par Moscou.
Plusieurs Etats membres de l'Union européenne et de l'OTAN fournissent à Kiev des armes sophistiquées pour l'aider à se défendre, et Bruxelles a adopté une série de sanctions.
Le Conseil européen a indiqué jeudi soir dans un communiqué avoir ajouté l'ancien président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovitch (2010-2014) et son fils à la liste de personnalités visées par les sanctions européennes pour leur rôle présumé dans la menace sécuritaire à l'égard de l'Ukraine.
M. Ianoukovitch avait été renversé par un soulèvement populaire contre le virage pro-russe pris par son gouvernement. A la suite de sa défaite, Moscou s'était emparé de la péninsule ukrainienne de Crimée et d'une enclave dans la région orientale de Donbass.
A.Williams--AT