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Venezuela: démission du procureur général figure de la répression sous Maduro
Le procureur général du Venezuela Tarek William Saab, figure de la répression sous Nicolas Maduro, a démissionné, moins de deux mois après la capture du président par l'armée américaine et alors que la présidente par intérim Delcy Rodriguez a promis une réforme judiciaire.
Il est toutefois nommé défenseur du peuple à titre intérimaire, une mesure qui indigne les victimes de la répression sous sa magistrature.
Sous pression américaine, Mme Rodriguez, qui a fait adopter une loi d'amnistie la semaine dernière et ouvert le secteur pétrolier au privé en janvier, a écarté ces dernières semaines plusieurs personnalités et notamment Alex Saab (aucun lien de famille avec Tarek William Saab), homme lige du président déchu Nicolas Maduro.
Tarek William Saab "présente sa démission de son poste de procureur général de la République", a annoncé mercredi l'Assemblée nationale.
Le défenseur du peuple (médiateur de la République) Alfredo Ruiz Angulo a également démissionné de son poste, remplacé dans la foulée par M. Saab pour un intérim, a-t-elle précisé.
M. Saab est lui remplacé de manière temporaire par l'avocat Larry Devoe. Ce dernier, représentant du Venezuela auprès du système international des droits de l'homme, dirige le Conseil national des droits de l'homme, un organisme public chargé de coordonner et de soutenir les politiques publiques en la matière.
Selon sa lettre de démission lue à l'Assemblée, M. Saab affirme "avoir exercé cette charge avec rectitude et honneur au cœur d'une conjoncture historique de défi exceptionnel pour le présent et l'avenir de notre patrie, où nous avons assumé le rôle constitutionnel de préserver la paix et de protéger les droits humains de notre peuple face à des agressions inimaginables contre la nation vénézuélienne".
En poste depuis 2017 et reconduit en 2024, Tarek William Saab, qui fait l'objet de sanctions américaines, a toujours été très présent dans les médias et sur les réseaux sociaux.
- "Gifle pour les victimes" -
Ancien gouverneur de l'Etat d'Anzoategui (nord-est) pour le parti au pouvoir, M. Saab a été l'une des figures de proue de la justice vénézuélienne lors de la répression des manifestations qui ont suivi la réélection contestée de Nicolas Maduro en juillet 2024. De nombreux manifestants ont notamment été inculpés de "terrorisme".
"Il a placé son identité idéologique bien au-dessus de ses principes de défense des droits humains", a estimé Rafael Uzcategui, figure de la société civile qui l'a côtoyé pendant des années.
Le militant juge l'interprétation politique de la démission "intéressante": "on a toujours considéré que Tarek William Saab fait partie du groupe d'influence du (ministre de l'Intérieur) Diosdado Cabello", considéré comme l'aile radicale du pouvoir, et cela "semble indiquer qu'ils (Delcy Rodriguez et son frère Jorge, président de l'Assemblée, ndlr) essaient de réduire l'influence non seulement de Nicolas Maduro avec la destitution d'Alex Saab et de son épouse, mais qu'ils sont également en train de limiter de manière progressive l'influence de Diosdado Cabello".
L'Assemblée a aussi fait un point sur la loi d'amnistie, actualisant les données de la veille. Depuis la promulgation de la loi jeudi ont été recensées "6.487 demandes", "3.266 libertés pleines" (extinctions des procédures des personnes en liberté conditionnelle) ont été accordées et "185 personnes libérées" des prisons du pays, selon Jorge Arreaza, le président de la commission chargée du suivi de cette loi.
Devant la prison de Rodeo 1, où sont détenus de nombreux prisonniers considérés comme politiques, les proches, dont certains campent devant l'établissement depuis le 8 janvier et les promesses de libération, ont exprimé leur inquiétude.
"Nous avons ressenti une émotion quand nous avons vu la démission de Tarek William Saab, mais comme il a été nommé Défenseur du peuple, nous restons dans la même situation (...) qui nous consterne, qui nous remplit d'inquiétude et d'incertitude", a affirmé Yalitza Garcia, 57 ans, belle-mère d'un gendarme argentin emprisonné Nahuel Gallo.
M. Saab "a joué un rôle de premier plan dans la persécution systématique des critiques et des opposants au Venezuela", a réagi Juanita Goebertus, directrice de HRW pour les Amériques. Sa démission "est prometteuse, mais sa nomination comme défenseur du peuple est une gifle pour les victimes", a-t-elle estimé.
Ancien candidat de l'opposition à la présidentielle, le député Henrique Capriles, a lui dénoncé sur X une "blague": voir "celui qui jusqu'à aujourd'hui, jusqu'à hier était le responsable de la persécution" devenir défenseur du peuple.
J.Gomez--AT