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Ukraine: bombardements intenses dans l'est, Kramatorsk frappée
Les forces russes ont bombardé jeudi plusieurs villes du Donbass, bassin de l'est de l'Ukraine qu'elles tentent de conquérir en totalité, notamment celle de Kramatorsk, où au moins un civil a été tué, selon les autorités locales.
A Kramatorsk, capitale de la partie du Donbass tenue par les Ukrainiens, l'explosion a creusé un large cratère dans une cour située entre un hôtel et des immeubles d'habitation, ont constaté des journalistes de l'AFP. Ils y ont vu le corps d'une personne tuée et des blessés, ainsi que deux voitures en feu.
"Frappe aérienne contre la partie centrale de Kramatorsk. Il y a des victimes", a annoncé sur Facebook le maire de la ville, Oleksandr Gontcharenko, en appelant les habitants à rester dans les abris.
Cette "attaque délibérée contre les civils" a fait "un mort et six blessés", a déclaré sur Telegram le gouverneur de la province de Donetsk, Pavlo Kyrylenko, en précisant que ces chiffres étaient provisoires et que "six immeubles ont été endommagés, dont un hôtel et un immeuble résidentiel"
"Je demande à tout le monde: évacuez ! L’évacuation c’est provisoire, il faut préserver la vie maintenant", a-t-il ajouté.
Les Russes, qui ont avancé ces dernières semaines dans le Donbass, leur objectif prioritaire depuis leur retrait des environs de Kiev fin mars, affirment avoir pris il y a quelques jours le contrôle total de la province de Lougansk, l'une des deux formant le bassin minier.
Les Russes "ne sont toujours pas parvenus aux limites de la région", a démenti jeudi le gouverneur de la province, Serguiï Gaïdaï, en accusant les Russes d'enrôler de force des habitants des villes de Severodonetsk et Lyssytchansk, sous leur contrôle, en leur faisant miroiter un emploi.
- "Plus le choix" -
Les forces de Moscou cherchent maintenant à conquérir l'autre province, celle de Donetsk, pour occuper l'intégralité du Donbass, que les séparatistes soutenus par Moscou contrôlent partiellement depuis 2014.
Le gouverneur de la province de Donetsk, Pavlo Kyrylenko, a fait état d'au moins sept civils tués mercredi par des multiples tirs d'artillerie et de lance-roquettes sur plusieurs localités.
Dans cette province, Sloviansk et sa ville jumelle Kramatorsk sont considérées comme les prochaines cibles des forces russes dans leur plan de conquête du Donbass, après quatre mois et demi de conflit.
Mardi, les roquettes russes avaient frappé et en partie incendié et détruit un marché dans le centre de Sloviansk, et tué au moins deux personnes.
Mercredi, le maire de Sloviansk, Vadim Liakh, avait indiqué que l'évacuation de la ville, encouragée par les autorités locales, était "en cours".
"J'envoie ma femme et après je n'ai plus le choix, je m'enrôle dans l'armée demain", a déclaré à l'AFP Vitaly, 30 ans, après avoir fait ses adieux à sa femme Svitlana, partie mercredi pour Dnipro (centre) dans un bus avec quelque 150 femmes et enfants à bord.
"Il fallait qu'elles partent, après ce qui est arrivé hier (mardi), ils ont touché le centre ville", a expliqué Vitaly, en se disant persuadé que Sloviansk ne tombera pas aux mains des Russes et que sa famille y reviendra.
Il restait mercredi dans la ville encore environ 23.000 des quelque 110.000 habitants qu'elle comptait avant le conflit, avait précisé son maire, en y dénombrant 17 morts et 67 blessés depuis le début des hostilités.
Dans le sud, les Russes bombardent toujours la région de Mykolaïv et les combats font rage autour de la ville de Kherson, qu'ils occupent depuis les premiers jours de la guerre et où ils tentent d'empêcher les contre-attaques ukrainiennes, selon Kiev.
L'armée ukrainienne a enfin affirmé jeudi avoir repris le contrôle de l'île aux Serpents en mer Noire, après y avoir remis son drapeau quelques jours plus tôt, à la suite du retrait des forces russes de ce petit territoire symbolique.
Moscou a de son côté affirmé y avoir procédé dans la matinée à une frappe avec des "missiles de haute précision", tuant une partie des soldats ukrainiens allés y planter un drapeau et provoquant la fuite des survivants.
- G20 sous tension -
Alors qu'en Europe de l'ouest, les regards étaient braqués jeudi sur Londres, où le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est résolu à quitter le pouvoir, la présidence ukrainienne l'a remercié pour son soutien dans les "moments les plus difficiles" de l'invasion russe. Le président Volodymyr Zelensky a exprimé sa "tristesse".
En Indonésie, une rencontre des ministres des Affaires étrangères des vingt plus grandes économies mondiales (G20) a commencé jeudi sur l'île de Bali, en présence de la Russie et des alliés occidentaux de l'Ukraine.
Compte tenu de la tension entre les deux camps et de la présence du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, "on s'attend à une confrontation assez rude", a indiqué une source diplomatique française.
L'Union européenne a prévenu qu'elle refusait que la Russie se serve de ce G20 comme d'"une plateforme pour sa propagande" sur le conflit en Ukraine.
Un responsable américain a toutefois indiqué s'attendre à ce que "pratiquement tous les pays du G20" s'accordent sur des initiatives visant à remédier à l'insécurité alimentaire mondiale et à la volatilité des prix de l'énergie entraînées par la guerre.
Il a ajouté qu'une déclaration commune du G20 sur l'Ukraine ne serait pas possible en raison de la participation de la Russie au sommet.
Jeudi, à la veille de la réunion interministérielle de Bali, M. Lavrov y a rencontré son homologue chinois Wang Yi. Les deux parties ont notamment jugé "inacceptables" les "sanctions unilatérales adoptées en contournant l’ONU", selon le ministère russe.
La Chine, qui a refusé de condamner l'invasion russe de l'Ukraine, a conservé de bonnes relations avec le Kremlin malgré les efforts des pays occidentaux pour l'isoler.
La Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, a de son côté fustigé "l'échec" de l'ONU à empêcher la guerre en Ukraine, et accusé la Russie d'avoir imposé au Conseil de sécurité sa position "moralement corrompue" et sa "guerre illégale".
Mme Ardern, qui critique depuis longtemps le droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie), a renouvelé son appel à une réforme des Nations unies.
A.Williams--AT