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La Corée du Sud se lance dans la campagne pour la présidentielle anticipée
Les six candidats enregistrés pour l'élection présidentielle du 3 juin en Corée du Sud sont entrés en campagne lundi, pour un scrutin qui doit permettre de tourner la page de plusieurs mois de crise qui ont abouti à la destitution de Yoon Suk Yeol.
La tentative ratée de M. Yoon d'imposer la loi martiale en décembre dernier a ouvert une période de forte instabilité pour la quatrième économie d'Asie, qui vit depuis au rythme des démissions de dirigeants, procédures de destitution et enquêtes judiciaires retentissantes.
A environ trois semaines de l'élection qui désignera son successeur, les sondages placent Lee Jae-myung, candidat du Parti démocrate (centre-gauche) principal mouvement d'opposition, largement en tête avec de 43% à 44% des intentions de vote, malgré les procès au pénal qui le visent, notamment pour corruption.
Celui qui avait perdu de justesse le scrutin de 2022 face à Yoon Suk Yeol, qui concourait pour le Parti du pouvoir au peuple (PPP, conservateur) a remercié ses partisans rassemblés lundi matin dans le centre de Séoul qui l'ont "aidé à se reconstruire après cette douloureuse défaite".
"Je promets de leur rendre leur soutien par la victoire", a-t-il déclaré à la foule qui l'acclamait.
L'opposant de 61 ans, qui avait frôlé la mort en 2024 lors d'une tentative d'assassinat, est pourtant lui-même inquiété par la justice. La Cour suprême a annulé début mai la relaxe prononcée auparavant dans une affaire d'infraction à la loi électorale remontant à la présidentielle de 2022.
S'il est élu, Lee Jae-myung risque donc de se retrouver convoqué pour un nouveau procès.
- Conservateurs divisés -
Après des revirements, le PPP a désigné dans la douleur dimanche, à la dernière minute, l'ancien ministre du Travail Kim Moon-soo comme candidat pour cett élection qui se tient alors que le pays négocie avec Washington pour échapper à des droits de douane punitifs pour des secteurs cruciaux comme les semi-conducteurs ou l'automobile.
"Je crois sincèrement que je dois devenir un président pour le peuple: un président pour le pouvoir d'achat, un président pour l'économie", a déclaré M. Kim, crédité de 29% d'intentions de vote, en lançant sa campagne sur un marché de Séoul.
Kim Moon-soo avait remporté la primaire du PPP mais le parti avait envisagé samedi de le remplacer par l'ancien Premier ministre Han Duck-soo, avant finalement de se raviser.
Les luttes intestines révélées par cet épisode pourraient affaiblir encore davantage les conservateurs dans un scrutin où il partent pénalisés par la destitution, le 4 avril, de Yoon Suk Yeol après sa tentative ratée d'imposer la loi martiale dans la nuit du 3 au 4 décembre dernier.
Il avait provoqué la stupéfaction en envoyant l'armée bloquer le Parlement dominé par l'opposition. Mais un nombre suffisant de députés étaient parvenus à se réunir afin de faire échouer ce coup de force.
Inculpé pour "abus de pouvoir" et "insurrection", il a comparu lundi pour une nouvelle audience de son procès au pénal au tribunal central de Séoul.
Malgré les très lourdes peines encourues allant jusqu'à la peine de mort, il comparaît toujours libre, sa détention provisoire prononcée après un assaut spectaculaire des forces de l'ordre sur sa résidence ayant été annulée pour vice de procédure le 8 mars.
Selon le professeur de science politique à l'Université nationale de Séoul Kang Won-taek, "le camp conservateur semble être fortement divisé", et l'"élection est susceptible de devenir une bataille entre Lee Jae-myung et ceux qui s'opposent à lui".
Le fait que deux anciens chef d'Etat issus du PPP, avec le précédent Park Geun-hye en 2017, aient déjà été destitués par la justice "reflète une crise plus large" au sein du parti, a-t-il ajouté.
Le politologue estime également que la prochaine élection pourrait montrer que le Parti du pouvoir au peuple "ne semble plus viable sous sa forme actuelle".
Présent lundi matin pour le lancement de la campagne de Kim Moon-soo, Lee Jung-ja, qui se présente comme un électeur du PPP, assimile la situation au sein des conservateurs à un "chaos".
"Tout ce qu'ils font, c'est se battre entre eux. Je parie que Lee Jae-myung jubile", regrette le quinquagénaire, interrogé par l'AFP.
G.P.Martin--AT