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Dans la gare de Jammu, des centaines d'Indiens en fuite
Partir loin, vite, à tout prix. Ce samedi, la gare de Jammu (nord-ouest) déborde de milliers d'habitants de la ville et des environs en quête d'un aller simple pour la sécurité, loin des violents combats qui opposent l'Inde et le Pakistan.
Le train spécial affrété par le gouvernement vient d'entrer en gare. Destination la capitale New Delhi à 600 km plus au sud, loin du front.
Sur le quai, c'est une indescriptible cohue. Ça pousse, ça tire, ça crie. Et ni les sifflets, ni les matraques des quelques policiers chargés de ramener l'ordre n'y changent rien.
"Nous n'avons pas d'autre choix que de partir", souffle Karan Verma. Même s'il vit depuis vingt ans à Akhnoor, le maçon de 41 ans n'a pas hésité longtemps à quitter sa maison.
"La nuit, on entend tout le temps de fortes explosions", justifie-il, paniqué.
Ces deux derniers soirs, Jammu et ses environs ont été la cible de plusieurs vagues de drones pakistanais. Ils ont visé la base de l'armée de l'air toute proche, mais aussi des infrastructures civiles, accusent les autorités de New Delhi.
Cette semaine, les combats font à nouveau rage le long de la frontière qui coupe la région du Cachemire entre l'Inde et le Pakistan.
Les deux pays revendiquent depuis leur indépendance en 1947 l'entière souveraineté de cette région à majorité musulmane, à l'origine de plusieurs guerres et de multiples crises entre eux.
- "Piège" -
L'armée indienne a tiré mercredi une volée de missiles sur des camps pakistanais qui abritent des membres et des infrastructures du groupe jihadiste qu'elle accuse d'avoir assassiné 26 civils le 22 avril dans la ville de Pahalgam.
Islamabad a fermement démenti toute implication dans cette attaque et a aussitôt riposté en procédant à des attaques de drones, des tirs d'artillerie ou des frappes de missiles sur l'Inde.
Ces combats ont causé la mort d'une soixantaine de civils dans les deux pays.
Dans la gare de Jammu, les candidats au départ ont pris le train spécial d'assaut. Ceux qui sont restés à quai tentent de faire passer un enfant ou un bagage à leurs proches déjà à bord.
"Il devrait y avoir plus de train", rouspète Suresh Kumar, 43 ans en éloignant son frère, qui était prêt à en venir aux mains avec un autre homme pour grimper dans un wagon.
Nisha Devi, son mari et ses trois enfants non plus n'ont pas réussi à se frayer une petite place dans un compartiment. Tant pis, elle patientera encore un peu pour rejoindre sa famille dans l'Etat du Bihar, dans le nord-est du pays.
"Si j'étais monté dans ce train, j'aurais eu l'impression de m'être précipitée dans un piège avec mes enfants", philosophe-t-elle.
Teklal Padmani Lala a eu plus de chance. Les deux mains solidement accrochés aux barres de métal qui encadrent la porte du wagon, elle attend avec détermination les premiers tours de roue du train.
"Je resterai là jusqu'à mon arrivée à Delhi", assure-t-elle, "je ne bougerai pas".
O.Gutierrez--AT