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L'Inde a mené des frappes au Pakistan, intenses tirs d'artillerie au Cachemire
L'Inde a mené dans la nuit de mardi à mercredi des frappes au Pakistan, qui a riposté par des tirs d'artillerie au Cachemire, faisant franchir un nouveau palier dans l'escalade entre les deux puissances nucléaires.
Dans l'obscurité de la nuit, d'énormes explosions étaient audibles aux abords de Srinagar, la grande ville du Cachemire administré par l'Inde, non loin du QG de l'armée indienne pour la zone, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Plus tôt, c'est dans au moins cinq zones du Pakistan --au Cachemire et dans le Pendjab frontalier de l'Inde-- que de lourdes explosions ont retenti.
Le ministre pakistanais de la Défense Khawaja Asif a affirmé à l'AFP que trois civils, dont un enfant, avaient été tués.
Cette nouvelle escalade entre les deux voisins, rivaux depuis leur partition dans la douleur en 1947, a été déclenchée par une attaque qui a provoqué le choc en Inde.
- "Le monde ne peut se permettre" -
Le 22 avril, des hommes armés ont abattu 26 hommes dans la partie du Cachemire administrée par l'Inde. Aussitôt après cet attentat, jamais revendiqué, New Delhi a accusé Islamabad. Le Pakistan, lui, dément.
Mais la police indienne assure rechercher au moins deux ressortissants pakistanais parmi les assaillants et leurs complices et assure qu'ils sont liés au LeT, le mouvement jihadiste Lashkar-e-Taiba basé au Pakistan, déjà soupçonné des attaques qui avaient fait 166 morts à Bombay en 2008.
L'un des sites visés dans la nuit par l'armée indienne est la mosquée Subhan, à Bahawalpur, dans le Pendjab pakistanais, liée selon le renseignement indien à des groupes proches du LeT, notamment le Jaish-e-Mohammed (JeM).
Peu après ces frappes, le Cachemire s'est embrasé, les journalistes de l'AFP dans la zone disputée rapportent des explosions désormais de plus en plus rapprochées.
"La riposte a commencé et si Dieu le veut, elle va s'accentuer", a menacé dans un entretien à l'AFP le ministre Asif, alors que le Comité de la sécurité nationale pakistanais, une instance uniquement convoqué pour les situations extrêmes, se réunira dans la matinée.
"Le monde ne peut pas se permettre une confrontation militaire" entre Inde et Pakistan, a tenté de plaider l'ONU, alors que les deux voisins ne cessent de faire valoir leur "droit à se défendre" depuis deux semaines.
L'armée indienne, elle, affirme que le Pakistan a effectué des tirs d'artillerie sur son territoire, l'accusant d'"une nouvelle fois violer l'accord de cessez-le-feu en effectuant des tirs d'artillerie dans les secteurs de Bhimber Gali et Poonch-Rajauri" au Cachemire indien. Elle ajoute "riposter de manière appropriée et calibrée".
Au milieu de ces annonces, le président américain Donald Trump a dit espérer que les affrontements entre Inde et Pakistan "s'arrêtent très rapidement".
L'armée indienne, elle, affirme que son "action est ciblée, mesurée et vise à éviter toute escalade".
"Aucune installation militaire pakistanaise n'a été visée", martèle New Delhi, estimant faire preuve d'une "retenue considérable".
"Nous tenons ainsi notre engagement de faire en sorte que les responsables de cette attaque (du 22 avril) rendent des comptes", ajoute le gouvernement ultranationaliste hindou de Narendra Modi.
- Guerre de l'eau -
Peu avant ces frappes, le département d'Etat américain avait dit avoir appelé l'Inde et le Pakistan à oeuvrer à une "résolution responsable" de leur différend.
New Delhi venait de menacer de "couper l'eau" qui irrigue le Pakistan, en représailles à l'attentat meurtrier du 22 avril.
Dès le lendemain, l'Inde avait suspendu sa participation à un traité de partage des eaux signé en 1960 avec son voisin.
De nombreux experts et les populations redoutent une confrontation militaire entre les deux puissances nucléaires, qui se sont déjà livré plusieurs guerres.
Depuis une dizaine de nuits, soldats indiens et pakistanais échangent des tirs d'armes légères le long de la frontière qui sépare leurs pays. Sans avoir fait de victimes pour l'instant, selon New Delhi.
Ces derniers jours, le Pakistan a de son côté procédé à deux tirs d'essai de missiles sol-sol. Celui conduit samedi concernait un engin d'une portée de 450 km, la distance qui sépare la frontière pakistanaise de la capitale indienne New Delhi.
L'Inde doit précisément mener mercredi des exercices de défense civile visant, selon son ministère de l'Information, à préparer la population à "se protéger en cas d'attaque".
Dans ce climat, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a exhorté lundi les deux pays à "s'éloigner du précipice".
burs/sbh/roc
D.Johnson--AT