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A Buchenwald, camp libéré il y a 80 ans, l'art pour faire vivre la mémoire
Parce qu'il faut trouver "une manière de parler de l'histoire pour en tirer les leçons", un projet artistique réunissant de jeunes Français et Allemands est dimanche l'un des temps forts des cérémonies marquant les 80 ans de la libération du camp de concentration de Buchenwald.
Käthe Lange, étudiante en art dramatique à Berlin, est l'une des interprètes de la pièce originale, tirée de l'œuvre de l'écrivain espagnol Jorge Semprun, créée sur le site même de l'ancien camp nazi, dans le centre de l'Allemagne.
Un projet d'autant plus important, dit à l'AFP la jeune femme de 20 ans, qu'elle a "l'impression qu'on parle de moins en moins" de la Shoah.
En adaptant "l'Ecriture ou la vie", récit autobiographique de Semprun sur sa déportation à Buchenwald, le metteur en scène français Jean-Baptiste Sastre et la comédienne franco-palestinienne Hiam Abbass, née en Israël, ont travaillé avec une trentaine de jeunes de 18 à 25 ans sur la mémoire des camps de la mort et sa transmission aux nouvelles générations.
Se retrouver dans ce camp "nous a fait apprendre des choses sur l'histoire de l'Holocauste" selon une vision que "l'école ne nous a pas forcément donnée", confie Jamel Boujamaoui, ouvrier de 20 ans, originaire de Clichy-sous-Bois, près de Paris.
- L'AfD contre la repentance -
Quelque 56.000 détenus ont péri à Buchenwald, de faim, de froid, de maladie, ou après avoir été exécutés, et plus de 20.000 au camp de Mittelbau-Dora, "annexe" de Buchenwald destinée à la fabrication de missiles V2.
Parmi eux, des milliers de Juifs, et des Roms, des opposants politiques au régime d'Hitler, des homosexuels ou des prisonniers de l'Union soviétique.
Buchenwald est le premier camp à avoir été libéré en Allemagne lors de l'avancée des troupes américaines, qui ont atteint le site le 11 avril 1945.
L'ancien lieu de terreur et d'exactions, situé près de Weimar, est aujourd'hui un Mémorial dont les responsables s'alarment de la tentation révisionniste croissante, portée notamment par le parti d'extrême droite AfD.
"Les certitudes des décennies d'après-guerre (...) sont devenues fragiles. Les démocraties libérales sont prises en tenaille par (Donald) Trump et (Vladimir) Poutine. Et en Allemagne, l'AfD répand notoirement le révisionnisme historique", observe Jens-Christian Wagner, historien et directeur de la Fondation des mémoriaux de Buchenwald et de Mittelbau-Dora.
Dans la région de Thuringe, où se trouve le camp, l'AfD est arrivé en tête des élections régionales l'an dernier. Et la formation nationaliste a doublé son score aux élections législatives allemandes de fin février, se classant deuxième derrière les conservateurs.
Lors de la campagne pour ce scrutin, le milliardaire américain Elon Musk, proche du président américain Donald Trump, était intervenu dans un meeting de l'AfD pour déplorer l'accent mis en Allemagne sur le passé et le souvenir du génocide contre six millions de juifs perpétré par les nazis.
"Buchenwald nous enseigne que l'humanité n'est pas une idée abstraite, mais une pratique de chaque jour, de chaque mot, de chaque décision", a déclaré dimanche le président de la région de Thuringe Mario Voigt, au début des cérémonies.
Il a appelé à "ne pas détourner le regard" au moment où "l'antisémitisme, l'idéologie nationaliste et la pensée autoritaire (...) se répandent dans la rue, dans les parlements, sur les réseaux sociaux".
- "Je me souviens de tout" -
Albrecht Weinberg, juif rescapé de l'Holocauste, sent progresser cette banalisation assurant rencontrer "des gens qui n'ont jamais pensé, ou n'ont jamais parlé de ce que leurs grands-parents ont fait pendant la Seconde Guerre mondiale en Europe".
En janvier, M. Weinberg a rendu sa décoration de l'Ordre du Mérite en Allemagne pour protester contre l'adoption d'une motion parlementaire sur l'immigration avec les voix de l'extrême droite.
"Je me souviens de tout", assure à l'AFP ce centenaire. "Tout. Mon arrestation, mon transfert dans le train avec 60, 70, 80 personnes dans un wagon".
D'abord détenu à Auschwitz en Pologne, il a ensuite été déporté à Mittelbau-Dora.
Illustration du défi que représente la mort des derniers témoins, il est dimanche le seul survivant de ce camp allemand à assister aux commémorations.
Neuf rescapés du camp de Buchenwald sont aussi présents alors qu'ils étaient encore plus de 300 lors des commémorations de l'année 2005.
M.Robinson--AT