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Bolsonaro doit savoir mercredi s'il est renvoyé en procès pour projet de coup d'Etat
La Cour suprême brésilienne doit décider mercredi si elle ouvre un procès contre Jair Bolsonaro pour projet présumé de coup d'Etat, après une première journée de débats en présence de l'ex-président d'extrême droite, qui risque une lourde peine de prison.
"Après l'analyse de toutes les questions préliminaires des défenses, les délibérations sont suspendues et reprendront demain, avec les votes" des cinq juges appelés à trancher sur l'avenir judiciaire de M. Bolsonaro, a déclaré le magistrat Cristiano Zanin, qui a présidé la séance de mardi.
Au début de ces délibérations, retransmises en direct sur plusieurs chaînes d'informations, le procureur général de la République, Paulo Gonet, a accusé M. Bolsonaro, 70 ans, d'avoir été le "leader" d'une "organisation criminelle qui avait pour objectif de garantir qu'il se maintienne au pouvoir".
Et ce "quel que soit le résultat des élections de 2022", qu'il a finalement perdues au second tour face au président actuel de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.
À la surprise générale, l'ancien chef de l'Etat (2019-2022) a décidé d'assister en personne aux débats de la Cour suprême, s'asseyant au premier rang face aux magistrats.
"Ils m'accusent d'un crime que je n'ai pas commis", a déclaré dans un communiqué l'ex-président, qui encourt une peine cumulée pouvant dépasser les 40 ans de prison.
Il s'est dit victime de la "plus grande persécution politico-judiciaire de l'histoire du Brésil" et espère encore se présenter à la présidentielle de 2026, malgré son inéligibilité actuelle.
Son avocat Celso Vilardi a déclaré pour sa part mardi dans sa plaidoirie que "rien n'a été trouvé" pour incriminer son client, bien qu'il ait été "le président le plus ciblé par des enquêtes dans l'histoire" du Brésil.
Au total, 34 personnes ont été inculpées en février, dont plusieurs ex-ministres et des militaires de haut rang.
- "Noyau crucial" -
La journée de mardi a été consacrée à l'exposition des arguments de l'accusation et des avocats, avant que les magistrats ne rejettent une à une des contestations pour vice de forme de la part des avocats des inculpés.
Cinq des onze juges de la Cour suprême doivent évaluer mercredi s'ils disposent d'éléments suffisants pour ouvrir un procès pénal contre Jair Bolsonaro et sept autres inculpés, tous soupçonnés d'avoir fait partie du "noyau crucial" du complot présumé.
Les magistrats doivent voter tour à tour, exposant leurs arguments de façon détaillée.
Le premier à se prononcer sera Alexandre de Moraes. Honni du camp Bolsonaro, ce puissant juge est en charge de plusieurs dossiers concernant l'ex-président. À ses côtés siègent aussi un ex-ministre de Lula, Flavio Dino, et l'ancien avocat de l'actuel chef de l'Etat, Cristiano Zanin.
"L'arbitre a déjà sifflé avant même que le match ne commence", a assuré Jair Bolsonaro sur la plateforme X.
Selon le parquet, les velléités putschistes de ce dernier et de ses proches collaborateurs ont commencé à se manifester bien avant le scrutin d'octobre 2022, avec une tentative de jeter le discrédit sur le système d'urnes électroniques en vigueur au Brésil.
Après l'échec de l'ex-président à se faire réélire, le plan présumé aurait prévu l'élaboration d'un décret prévoyant la convocation d'un nouveau scrutin, mais aussi l'assassinat de Lula, de son vice-président Geraldo Alckmin et du juge Moraes.
Le coup d'Etat n'a finalement pas eu lieu, faute de soutien de membres du haut commandement militaire, selon le ministère public.
- "Procès politique" -
L'accusation s'appuie sur un rapport d'enquête de près de 900 pages de la police fédérale.
Ce rapport mentionne également les émeutes du 8 janvier 2023 à Brasilia. Une semaine après l'investiture de Lula, des milliers de sympathisants bolsonaristes ont envahi et saccagé les bâtiments de la Cour suprême, du Parlement et du palais présidentiel.
M. Bolsonaro, qui se trouvait aux Etats-Unis ce jour-là, balaie toutes les accusations qui pèsent contre lui et fustige un "procès politique".
Inéligible jusqu'en 2030 en raison de ses attaques sans preuves contre les urnes électroniques, Jair Bolsonaro espère encore voir cette sanction annulée ou réduite pour lui permettre d'être candidat en 2026.
L'ex-président compare souvent sa situation à celle de Donald Trump, de retour à la Maison Blanche malgré ses démêlés avec la justice. Il espère que le président américain, "ami" et modèle politique, jouera de son "influence" en sa faveur.
La prochaine présidentielle est également marquée par l'incertitude à gauche. Lula, dont la popularité est plombée par l'inflation, n'a pas levé le voile sur ses intentions.
H.Romero--AT