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Bétharram: le rectorat inspecte l'établissement au cœur du scandale
Trois décennies après sa dernière inspection, l'établissement Notre-Dame-de-Bétharram, épicentre d'une vague de dénonciations d'agressions sexuelles et de violences passées au sein de l'enseignement catholique, est contrôlé par le rectorat de Bordeaux à partir de lundi.
Le 14 février, alors que le scandale éclaboussait le Premier ministre François Bayrou, dont plusieurs enfants ont fréquenté ce collège-lycée sous contrat où son épouse a enseigné le catéchisme, le ministère de l'Education avait demandé à l'académie "d'avancer" la date de sa venue à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques).
Sollicitée en amont par l'AFP, cette dernière n'a pas donné de détails sur cette inspection, indiquant simplement que la rectrice ferait un point presse lundi après-midi à Bordeaux "à l'occasion du premier jour du contrôle" de l'établissement.
La ministre de l'Education, Elisabeth Borne, a assuré qu'elle prendrait "les mesures qui s'imposent" en fonction des conclusions de cette inspection, dans une interview à la Tribune dimanche, où elle annonce un renforcement des contrôles des établissements privés sous contrat, dont la Cour des comptes avait dénoncé l'insuffisance en 2023.
Grâce au déploiement de "60 inspecteurs supplémentaires", "40% des établissements privés sous contrat seront inspectés dans les deux prochaines années", a-t-elle précisé, promettant aussi une remontée désormais "systématique" des faits de violences dans ces structures, qui scolarisent plus de deux millions d'élèves.
Le conseil départemental, qui finance partiellement les travaux engagés par les collèges privés sous contrat, conditionnera, lui, la subvention de l'institution béarnaise au respect de son contrat avec l'État.
- Plus de 150 plaintes -
La précédente - et unique - visite d'un inspecteur dans l'établissement, rebaptisé Le Beau Rameau ("bèth arram" en béarnais) en 2009, remonte au printemps 1996. Une plainte, déposée par le père d'un adolescent au tympan crevé par la violente claque d'un surveillant laïc, avait alors attiré l'attention pour la première fois sur cette institution fondée en 1837.
À l'époque, François Bayrou est ministre de l'Education et diligente une enquête administrative. Le rapport, rédigé après une dizaine d'entretiens menés sur place en quelques heures, affirme que Notre-Dame-de-Bétharram "n'est pas un établissement où les élèves sont brutalisés".
Ce rapport "ne tient pas la route actuellement", a regretté le mois dernier son auteur, âgé de 88 ans aujourd'hui.
"Cette inspection était bidon, artificielle, ils étaient avertis de sa venue", avait commenté dans la foulée le père du plaignant de 1996.
"Si ce monsieur avait fait son travail (...) le procureur aurait été saisi et on aurait évité tous les viols et violences perpétrés ensuite pendant une dizaine d'années", avait déploré Alain Esquerre, porte-parole du collectif des victimes de Bétharram.
Le parquet de Pau a reçu depuis un an plus de 150 plaintes visant d'anciens religieux et personnels laïcs pour violences, agressions sexuelles et viols, quasi tous prescrits.
- Commission d'enquête parlementaire -
Après trois gardes à vue, un seul ancien surveillant a été mis en examen et écroué le 21 février pour des faits commis au début des années 1990 puis en 2004.
La congrégation religieuse des pères de Bétharram, qui a longtemps dirigé l'établissement, a reconnu samedi pour la première fois le caractère "systémique" des violences commises et confié à un groupe de réflexion une commission d'enquête indépendante chargée d'apporter "réparation" à toutes les victimes.
L'affaire a engendré une vague de dénonciations similaires à l'encontre d'autres établissements catholiques dans les Hautes-Pyrénées, les Landes ou encore le Finistère.
Une commission d'enquête parlementaire a également été créée sur les modalités du contrôle par l'État et de la prévention des violences en milieu scolaire, privé et public.
Elle prévoit d'auditionner François Bayrou et Elisabeth Borne, a indiqué jeudi sa présidente, la députée socialiste Fatiha Keloua Hachi.
Le Premier ministre a déclaré dimanche qu'il répondrait aux questions de la commission "s'il a une convocation officielle", tout en répétant se sentir victime d'une "manoeuvre de déstabilisation".
Mme Borne, qui recevra Alain Esquerre jeudi à Paris, avait, elle, estimé le 21 février que l'Etat n'avait "pas été au rendez-vous" dans le dossier Bétharram, jugeant "difficile de comprendre" pourquoi il n'a pas réagi plus tôt - une plainte pour viol, visant un religieux qui dirigea l'établissement, avait également été déposée dès 1998.
F.Wilson--AT