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A Gaza, une joie éphémère avant de nouvelles frappes israéliennes
L'annonce d'une trêve a déclenché mercredi soir des scènes de joie à Gaza, mais les habitants ont découvert au matin des colonnes de fumée, des débris et des corps dans des linceuls: Israël a mené de nouvelles frappes aériennes dans la nuit.
"Nous attendions la trêve. C'était la nuit la plus joyeuse depuis l'attaque du 7 octobre" 2023, confie Saïd Allouch, qui a perdu des proches durant la nuit lors d'une frappe sur la ville de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza.
"Nous avons appris subitement la mort de 40 personnes", raconte-t-il. Son oncle figure parmi les victimes. "La joie de tout le quartier s'est transformée en tristesse, comme si un tremblement de terre avait frappé."
Au petit matin, des foules se sont rassemblées pour inspecter et déblayer les débris d'un bâtiment réduit en ruines, où des morceaux de béton étaient mêlés à des barres d'armature et à des objets personnels éparpillés.
Ces paysages de bâtiments aux façades arrachées, aux intérieurs recouverts d'une épaisse poussière grise sont devenus tristement familiers à travers le territoire palestinien assiégé, dont la majorité des 2,4 millions d'habitants a été déplacée au moins une fois depuis le début de la guerre en octobre 2023.
A l'hôpital Nasser de Khan Younès, le principal établissement médical du sud de Gaza, des journalistes de l'AFP ont vu de grandes traînées rouges sur des plateaux de morgue que le personnel s'apprêtait à nettoyer du sang des victimes d'une frappe.
A l'autre bout du territoire, dans la ville de Gaza, des dizaines de dépouilles sont arrivées à l'hôpital al-Ahli dans la nuit, enveloppées dans des couvertures dont dépassaient parfois des pieds nus d'enfants.
Avant le début des funérailles, une femme caresse longuement la tête d'un corps déjà enveloppé dans un sac mortuaire, indifférente à l'agitation alentour et au ballet des ambulances. A côté, un homme prie à voix basse, la main sur la poitrine de son proche.
"Après l'annonce du cessez-le-feu, les gens étaient contents, joyeux, mais un immeuble de cinq étages a été pris pour cible, avec plus de 50 personnes à l'intérieur", raconte à l'AFP Ibrahim Abou al-Rich, un ambulancier de la Défense civile.
Secouristes et habitants ont cherché à la lumière des téléphones portables dans les décombres tard dans la nuit, alors que les rues sont plongées dans l'obscurité depuis des mois en raison des pénuries d'électricité.
"Les bombardements continuent toujours, ciblant une maison après l'autre", affirme l'ambulancier.
- "Nuit très sanglante" -
Pour Mahmoud al-Qarnawi, un habitant du camp de réfugiés d'Al-Bureij, dans le centre du territoire, il va falloir du temps avant que le cessez-le-feu ne soit pleinement mis en œuvre, ce qui va laisser les habitants dans une situation vulnérable.
"Les tirs n'ont pas cessé, les avions sont toujours dans le ciel et la situation est difficile", a-t-il affirmé.
Dans la ville voisine de Nousseirat, Motaz Bakir s'inquiète lui aussi: "Nous devons rester prudents. Pendant les trois prochains jours, nous craignons un bain de sang encore pire qu'avant".
Le gouvernement israélien doit encore approuver l'accord, annoncé par le Qatar et les Etats-Unis et qui doit entrer en vigueur dimanche.
Personne ne peut encore se sentir en sécurité à Gaza, souligne Médecins Sans Frontières (MSF).
"Hier soir, il y a eu beaucoup de joie pendant 20 minutes, puis ce fut une nuit très sanglante", a dit par téléphone à l'AFP Amande Bazerolle, coordinatrice d'urgence pour MSF sur place, tandis que des tirs d'obus étaient audibles en arrière-plan.
Après plus de 15 mois d'une guerre dévastatrice, l'accord annoncé mercredi prévoit dans une première phase une trêve à partir de dimanche, la libération de 33 otages israéliens en échange d'un millier de prisonniers palestiniens, et une augmentation de l'aide humanitaire.
La guerre a été déclenchée par l'attaque du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, qui a entraîné la mort de 1.210 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles. Sur 251 personnes enlevées le jour de l'attaque, 94 sont toujours retenues à Gaza, dont 34 sont mortes selon l'armée.
Au moins 46.788 personnes, en majorité des civils, ont été tuées dans la campagne militaire israélienne de représailles dans la bande de Gaza, selon les données du ministère de la Santé du gouvernement du Hamas, jugées fiables par l'ONU.
M.White--AT