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Drame et chaos à Séoul pendant une tentative ratée d'arrestation de Yoon
Un président déchu retranché dans sa résidence, des centaines de ses partisans rassemblés aux alentours, des enquêteurs venus l'arrêter mais qui battent en retraite face à des gardes du corps deux fois plus nombreux: la Corée du Sud a vécu vendredi un nouvel épisode d'invraisemblable chaos.
Destitué le 14 décembre, le président Yoon Suk Yeol est cloîtré dans sa maison dans les hauteurs du quartier chic de Hannam à Séoul.
Depuis qu'un mandat d'arrêt a été délivré contre lui le 31 décembre pour sa déclaration ratée de la loi martiale le 3 décembre, des centaines de ses partisans sont rassemblés dans les alentours, campant sur place jour et nuit et se disant prêts à en découdre pour le défendre.
Parmi eux, des youtubeurs d'extrême droite bien connus et des prédicateurs chrétiens évangéliques, qui figurent parmi les derniers soutiens inconditionnels de M. Yoon avec qui la droite traditionnelle, qui l'avait élu en 2022, a en majorité pris ses distances. Le grand quotidien conservateur Dong-A Ilbo a même jugé vendredi "déplorable" le comportement du président et l'a accusé d'avoir transformé la Corée du Sud en "épave totale".
"Yoon Suk Yeol! Yoon Suk yeol!" scandent ses partisans en agitant des bâtons lumineux rouges et des drapeaux sud-coréens et américains.
- "Risquer nos vies" -
"Nous sommes rassemblés ici aujourd'hui, prêts à risquer nos vies", affirme à l'AFP Lee Hye-sook, 57 ans, qui accuse l'opposition d'"essayer de transformer notre pays en Etat socialiste comme la Corée du Nord".
"C'est une lutte contre les forces anti-étatiques. Nous sommes confrontés à une situation où notre pays peut préserver la démocratie libérale ou la perdre", affirme Choi Sung-hwan, 47 ans, arrivé sur place jeudi soir.
"Nous devons nous battre jusqu'au bout. Il ne s'agit pas seulement de protéger le président, il s'agit de protéger la démocratie libérale", ajoute-t-il.
Un important dispositif policier encadre ces manifestants, après des échauffourées la veille au soir entre partisans et détracteurs de M. Yoon.
Vendredi matin, une équipe du Bureau d'enquête sur la corruption des hautes personnalités (CIO) qui centralise l'enquête pour "rébellion" contre M. Yoon a pénétré dans la résidence présidentielle pour tenter d'arrêter le président déchu, qui avait auparavant ignoré trois citations à comparaître pour être interrogé.
- Muraille humaine -
Arrivée à bord de cinq voitures, dont le trajet a été suivi en direct depuis l'aube par les télévisions sud-coréennes, cette équipe a d'abord été bloquée par une dizaine de véhicules barrant le chemin d'accès. Elle a finalement réussi à entrer dans la propriété "en empruntant un sentier détourné à flanc de colline", a raconté un responsable du CIO lors d'un point de presse.
La centaine de policiers et de procureurs du CIO s'est alors retrouvée face à "plus de 200 personnes qui se tenaient par les bras pour nous bloquer le passage", a-t-il poursuivi, ajoutant qu'il y avait eu des "altercations physiques mineures et majeures" entre les deux camps.
Après une quarantaine de minutes de face à face tendu avec les gardes du corps présidentiels, le CIO a décidé de battre en retraite, craignant pour sa sécurité.
Les enquêteurs ont jusqu'à lundi pour exécuter le mandat d'arrêt délivré par un tribunal de Séoul contre M. Yoon, qui expire au bout de sept jours. Dans une lettre à ses partisans mercredi le dirigeant déchu avait promis de "se battre jusqu'à la fin".
Même après l'annonce de l'échec de la tentative d'arrestation, les partisans de M. Yoon ont estimé qu'il était "trop tôt pour être soulagés".
"Nous ne pouvons pas être sûrs que le CIO s'est vraiment retiré, et si nous rentrons tous chez nous, ils pourraient revenir et tenter à nouveau d'arrêter le président", a déclaré à l'AFP Lee Hye-sook. "Le mandat d'arrêt est valable jusqu'au 6, et beaucoup d'entre nous resteront ici jusqu'à cette date".
J.Gomez--AT