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L'Allemagne vers des élections sous double influence début 2025
La campagne pour les élections législatives allemandes démarre début 2025 dans un contexte sulfureux inédit, nourri de tentatives d'ingérence étrangère venant non seulement de la Russie, mais cette fois aussi du "grand allié" américain.
Les caractéristiques de cette prise en étau de la première économie européenne à l'approche des législatives anticipées du 23 février - déclenchées en novembre par l'éclatement de la coalition du chancelier Olaf Scholz - sont distinctes.
"Hybrides" et focalisées sur le soutien militaire allemand crucial pour l'Ukraine côté russe, les tentatives d'influence en provenance des Etats-Unis se manifestent au grand jour. Elles portent davantage sur les questions migratoires ou économiques.
Mais toutes convergent pour favoriser un parti: le mouvement d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), donné en progression à plus de 20%, selon un sondage Insa publié par Bild mardi.
- Stupeur -
Les soutiens publics répétés à l'AfD apportés depuis une dizaine de jours par Elon Musk, homme le plus riche du monde proche de Donald Trump, ont créé la stupeur à Berlin. L'AfD a reconnu mardi dans le Spiegel être en contact régulier avec l'équipe de l'homme d'affaires américain.
Dans son message de Nouvel An mardi, Olaf Scholz a réagi en assurant que seuls les citoyens allemands, et non "les propriétaires des réseaux sociaux", décideront du résultat du scrutin.
Lundi soir, Elon Musk a encore promis sur sa plateforme X à l'AfD une "victoire épique" le 23 février et qualifié le chef de l'Etat allemand, Frank-Walter Steinmeier, qui avait dénoncé ses ingérences, de "tyran".
"Elon Musk fait exactement la même chose que Vladimir Poutine", s'est emporté le président du parti social-démocrate du chancelier, Lars Klingbeil, dans les journaux du groupe Funke.
"Tous deux veulent influencer nos élections et soutiennent de manière ciblée l'ennemie de la démocratie qu'est l'AfD, ils veulent que l'Allemagne soit affaiblie", a-t-il tonné.
Même l'opposition conservatrice, en tête des sondages à 32% environ et traditionnellement très atlantiste, s'alarme.
"Je ne me souviens pas que, dans l'histoire des démocraties occidentales, il y ait eu un cas comparable d'ingérence dans la campagne électorale d'un pays ami", a dénoncé son chef de file Friedrich Merz, favori pour être le prochain chancelier.
En cause notamment, une tribune pro-AfD d'Elon Musk publiée samedi par le quotidien Welt, dans le sillage d'une série de tweets. Elle a conduit à la démission d'une responsable du journal.
Le politologue berlinois Hajo Funke, interrogé par l'AFP, qualifie cette publication de "scandale", le groupe Springer, propriétaire de Welt, ayant à ses yeux "rompu avec sa tradition" d'après-guerre de lutte contre l'extrême droite.
- Oeil de Moscou? -
Le réveil est brutal pour beaucoup d'Allemands farouchement attachés au lien transatlantique depuis 1945, et "qui pensent encore que les Etats-Unis sont un modèle de démocratie", juge Hajo Funke.
"L'Allemagne se prépare à une gueule de bois du Nouvel An, mais sans la fête qui normalement précède", ironise Michael Bröning, politologue de la Fondation Friedrich Ebert.
Avec les saillies de Musk, "il semble que l'équipe Trump rende la pareille pour la rhétorique anti-Trump ouvertement exprimée par l'Allemagne durant la campagne électorale américaine", dit-il à l'AFP.
En parallèle, le Renseignement intérieur allemand vient d'annoncer la création d'une "task force" pour contrer les "ingérences étrangères" en vue du scrutin de février. Dans sa ligne de mire cette fois: Moscou.
"Compte tenu de sa guerre d'agression contre l'Ukraine, la Russie a probablement le plus grand intérêt à influencer l'élection en sa faveur", écrit l'Office de protection de la Constitution dans un rapport.
Il mentionne des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux, actions de propagande et cyberattaques en vue "d'affaiblir la confiance dans la démocratie" et de "miner" l'arrimage du pays à l'Otan et à l'UE, dont l'AfD voudrait sortir.
Ces immixtions vont-elles au final profiter à ce parti anti-système, au moment où le pays de 83 millions d'habitants affronte une grave crise industrielle?
Avec Elon Musk en tout cas, "l'AfD n'aurait pu imaginer un meilleur militant dans ses rangs" car son image d'entrepreneur à succès légitime le parti d'extrême droite dans l'électorat conservateur traditionnel allemand, sceptique jusqu'ici sur son programme économique, a estimé mardi l'expert en communication politique Johannes Hillje, dans le Spiegel.
H.Thompson--AT