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Syrie: en pleine offensive, les rebelles tentent d'apaiser les craintes des minorités
Les rebelles menés par des islamistes radicaux en Syrie ont dit samedi vouloir "rassurer" les communautés religieuses et les minorités dans les régions qu'ils ont conquises à la faveur d'une offensive fulgurante dont l'élan semble marquer le pas aux portes de Homs, troisième ville du pays.
Plus que jamais affaibli, le président syrien Bachar al-Assad que les insurgés disent vouloir renverser, n'a pas fait d'apparition en public depuis sa rencontre dimanche dernier à Damas avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, dont le pays est un allié du régime syrien.
Le 27 novembre, une coalition de rebelles, menée par le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS), a lancé une offensive à partir de son fief à Idleb (nord-ouest), s'emparant de dizaines de localités et des villes stratégiques d'Alep (nord) et de Hama (centre). Il s'agit de l'avancée la plus spectaculaire en 13 ans de guerre en Syrie.
Vendredi, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a déclaré que des factions locales avaient pris le contrôle de plus de 90% de la province de Deraa (sud), y compris de la ville éponyme, berceau du soulèvement de 2011 contre le régime de Bachar al-Assad repassée sous le contrôle du gouvernement en 2018.
L'ONG a également indiqué que dans la province de Soueida, des combattants s'étaient emparés de plusieurs points de contrôle.
Mais l'armée syrienne, qui n'ont pas opposé jusqu'ici une résistance significative à l'offensive rebelle, a annoncé samedi qu'elle se redéployait.
"Nos forces opérant à Deraa et Soueida se redéploient, se repositionnent et établissent un périmètre de sécurité après que des éléments terroristes ont attaqué des points de contrôle isolés", a indiqué l'armée dans un communiqué.
Les forces gouvernementales "commencent à reprendre le contrôle des provinces de Homs et de Hama face aux organisations terroristes", a-t-elle ajouté.
Selon l'OSDH, les forces gouvernementales avaient envoyé "d'importants renforts" près de Homs, tandis que la Russie et la Syrie ont lancé des frappes et des tirs d'artillerie sur les rebelles dans les campagnes de la ville.
Depuis vendredi, les frappes russes et syriennes près de Homs ont tué 21 civils, dont cinq enfants, selon l'ONG.
Devant ce qui semble marquer un ralentissement de l'avancée rebelle, un important commandant de la coalition, Hassan Abdel Ghani, a invité "toutes les confessions à être rassurées et à soutenir les mouvements des révolutionnaires", affirmant que "l'ère du sectarisme et de la tyrannie" était "révolue à jamais".
- Réunion attendue à Doha -
Le conflit en Syrie a été déclenché après la répression d'un soulèvement populaire qui a dégénéré en guerre civile en 2011. Il a fait plus d'un demi-million de morts et morcelé le pays en zones d'influence avec des belligérants soutenus par différentes puissances étrangères.
Principal allié du pouvoir syrien, la Russie, prise par sa guerre contre l'Ukraine, et qui dispose de bases militaires en Syrie a appelé ses citoyens à quitter le pays, de même que les Etats-Unis et la Jordanie voisine.
Autre soutien clé du régime, Téhéran a aussi commencé à évacuer son personnel militaire et des diplomates, selon le New York Times citant des responsables iraniens et de la région.
Les chefs de la diplomatie turque, russe et iranienne, dont les pays sont partenaires depuis 2017 du processus d'Astana initié pour faire taire les armes en Syrie, doivent se retrouver samedi à Doha dans le cadre d'une conférence pour le dialogue politique international.
- "Rétablir" la confiance -
Selon le Premier ministre du Qatar Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, Bachar al-Assad, "n'a pas saisi l'occasion l'occasion de dialoguer et de rétablir (la confiance) avec son peuple" pendant les années qui ont précédé l'offensive rebelle, lancée à la surprise générale.
Depuis le 27 novembre, les forces gouvernementales se sont retirées de plusieurs régions ou mené des raids aériens avec la Russie et des opérations au sol contre les secteurs insurgés.
En 2015, l'aide militaire russe avait été cruciale pour inverser le cours de la guerre et permettre à M. Assad de reprendre une grande partie du territoire. Mais les ressources de Moscou sont à présent mobilisée par son offensive en Ukraine.
Le mouvement libanais Hezbollah et l'Iran avaient aussi apporté un énorme soutien militaire à M. Assad mais ces deux acteurs sont considérablement affaiblis depuis la guerre dans la bande de Gaza et au Liban.
Si les rebelles s'emparent de Homs, la troisième ville du pays, seules Damas et la côte méditerranéenne seront encore aux mains des forces de M. Assad, dont la famille est au pouvoir depuis plus de cinq décennies.
"Le but de la révolution, c'est de renverser ce régime", a dit vendredi à CNN Abou Mohammed al-Jolani, le chef du HTS, qui mène la coalition rebelle.
HTS est considéré comme terroriste par l'ONU, les Etats-Unis et certains pays européens.
Les violences ont fait au moins 826 morts dont une centaine de civils depuis le 27 novembre, selon l'OSDH, et au moins 370.000 personnes ont été déplacées d'après l'ONU.
Sur un autre front, dans l'est de la Syrie, les forces gouvernementales se sont retirées vendredi de secteurs dans l'ouest de la province de Deir Ezzor, selon l'OSDH.
Peu après, les Forces démocratiques syriennes (FDS) dominées par les Kurdes, qui contrôlent l'est de Deir Ezzor, ont indiqué s'être déployées dans les secteurs évacués.
A.Moore--AT