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Budgets: l'entretien entre Barnier et Le Pen vire au dialogue de sourds
Michel Barnier va-t-il chuter sur les budgets ? Son entretien lundi avec Marine Le Pen, qui menace de plus en plus ouvertement de censurer le gouvernement, a semblé tourner au dialogue de sourds, selon cette dernière.
Le Premier ministre "m'est apparu campé sur ses positions", a affirmé la cheffe de file des députés du Rassemblement national, après une recontre d'une heure dix, en confirmant l'intention du parti d'extrême droite de voter la censure du gouvernement si le budget restait "en l'état" .
"Ma position n'a pas évolué. Pas plus, semble-t-il, que n'a évolué celle du Premier ministre", a-t-elle ajouté.
La cheffe de file des députés RN, qui était accompagnée par le député Jean-Philippe Tanguy, spécialiste des questions économiques et par Renaud Labaye, secrétaire général du groupe à l'Assemblée nationale, a exposé de nouveau ses "lignes rouges".
Elle juge notamment "inadmissible" l'augmentation des taxes sur l'électricité et le compromis sur les retraites, et réclame des économies "claires" sur l'immigration et le fonctionnement de l'Etat.
Juste après cette rencontre, qui ouvrait une série de consultations des groupes d'opposition, Michel Barnier s'est rendu à l'Elysée pour son rendez-vous hebdomadaire avec le président Emmanuel Macron.
- "Chaos" -
Michel Barnier avait déjà rencontré plusieurs responsables de l'opposition avant sa déclaration de politique générale, mais pas Marine Le Pen ni son homologue de La France insoumise Mathilde Panot, qui doit être reçue en fin d'après midi.
Celle-ci entend lui répéter "qu'il n'a pas de légitimité démocratique" et que LFI déposerait, avec le reste de la gauche, une motion de censure en cas de recours au 49.3 sur le budget. Un vote de censure signifierait la chute du gouvernement Barnier et le rejet du texte.
En recevant ses opposants, le Premier ministre veut marquer sa volonté "d'écoute" et de "dialogue constructif", selon son entourage. Ce "moment important" porte "sur les textes financiers mais aussi sur les autres enjeux du pays".
Marine Le Pen a dit avoir parlé avec Michel Barnier de la future loi sur l'immigration, qui lui a paru "extrêmement prudente", et de la proportionnelle, mais "le chemin semble long", selon elle.
La cheffe de file d'extrême droite qui, depuis les réquisitoires à son procès sur ses assistants au Parlement européen, a haussé le ton contre le gouvernement, s'est défendue d'emblée de provoquer ainsi le "chaos" ou la "chienlit", à contre-courant de sa stratégie de dédiabolisation de son parti.
"Si ce budget ne passe pas, c'est le budget de l'année dernière qui s'appliquera. Il est plutôt somme toute moins mauvais que celui-là puisqu'il y a moins d'impôts", a-t-elle dit.
- "Stabilité" -
Car Michel Barnier entame un mois à hauts risques.
Faute de majorité à l'Assemblée où il a préféré laisser les débats se dérouler, Michel Barnier a prévenu qu'il emploierait "probablement" dans les prochaines semaines l'article 49.3 sur le budget 2025. Et pour survivre à une motion de censure, il lui faut éviter que le RN joigne ses voix à celles de la gauche.
Cette "coalition des contraires", "je sais que ce n'est pas ce que souhaitent les Français, qui souhaitent aujourd'hui la stabilité, la sérénité", a dit jeudi le Premier ministre.
Mais selon un sondage Ipsos pour La Tribune Dimanche, 53% des Français souhaitent voir le gouvernement tomber. Et la cote de Michel Barnier chute dans un autre sondage Ifop pour le JDD, à 36% contre 45% lors de sa nomination début septembre.
Trois textes budgétaires sont susceptibles d'être soumis au 49.3.
D'abord, le budget de la Sécurité sociale qui suscite aussi le malaise parmi les macronistes, membres de la coalition gouvernementale mais vent debout contre la réduction des allègements de cotisations patronales.
Le projet de loi de Finances de fin de gestion pour 2024 ensuite, déjà rejeté en première lecture à l'Assemblée, et examiné lundi matin au Sénat.
Mais les regards se tournent surtout vers le budget de l'Etat qui devrait être le moment décisif.
Celui-ci arrive en séance lundi au Sénat, avec un vote solennel prévu le 12 décembre, prélude à la réunion d'une Commission mixte paritaire (CMP) réunissant des élus des deux chambres afin d'élaborer un texte de compromis.
Selon le président de la commission des Finances Eric Coquerel (LFI), la lecture définitive de l'Assemblée interviendra le 18 décembre avec très probablement un 49.3 et un vote sur une motion de censure deux jours plus tard.
bpa-are/hr/dch
P.Hernandez--AT