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Le premier ministre japonais réélu à la tête d'un gouvernement minoritaire
Le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba a été réélu lundi à l'issue d'un vote du Parlement, mais devra se contenter d'une emprise fragile sur le pouvoir après les récentes élections législatives, désastreuses pour son parti.
Sur le plan international, la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis pourrait aussi compliquer la tâche de l'ancien ministre de la Défense.
Washington pourrait très vite imposer de nouveaux droits de douane et exiger de Tokyo une hausse de ses dépenses militaires jugées insuffisantes par Trump.
Ishiba avait pris ses fonctions début octobre, après avoir été élu à la tête de la formation au pouvoir, le Parti libéral-démocrate (PLD), et avait rapidement convoqué des élections anticipées qui, espérait-il, devaient consolider son mandat comme chef du gouvernement.
Au lieu de cela, les électeurs mécontents de l'inflation récurrente depuis plus de deux ans et dépités depuis quelques mois par un scandale de "caisses noires" qui avait contribué à faire sombrer son prédécesseur Fumio Kishida, ont infligé au PLD son pire résultat depuis 2009.
Conséquence, l'archipel pourrait se retrouver dans une impasse politique avec un Parlement sans majorité claire.
D'un côté, le PLD conservateur et son allié, le Komeito de centre-droit, ont perdu la majorité absolue mais restent néanmoins le plus grand bloc de la puissante chambre basse du Parlement.
De l'autre, les partis d'opposition sont profondément divisés sur de nombreuses questions clés et incapables de renverser Ishiba, mais restent néanmoins incontournables pour voter des lois.
- Mécontentement au sein du PLD -
Lundi, Ishiba a été reconduit à son poste par les élus de la chambre basse du Parlement avec 221 voix, contre 160 pour son rival Yoshihiko Noda, chef de la principale formation d'opposition, le Parti démocrate constitutionnel (PDC).
Un deuxième tour de vote a dû être organisé, en l'absence de majorité, pour départager les deux candidats arrivés en tête au premier tour --une première depuis 1994.
Le bloc au pouvoir devra désormais composer avec d'autres blocs pour espérer faire adopter son programme, et a demandé l'aide du Parti démocrate du peuple (PDP), une petite formation centriste qui a accepté de coopérer au coup par coup, plutôt que d'intégrer la coalition.
"Pour rester au pouvoir, Ishiba doit faire passer le budget du gouvernement cet hiver. Cela signifie que le PLD devra faire des concessions et rechercher des alliances", a déclaré à l'AFP Tomoaki Iwai, professeur à l'Université Nihon.
Dans ses négociations avec le PLD, le PDP a déjà exigé des réductions d'impôts et des subventions énergétiques qui, selon les économistes, réduiraient considérablement les recettes fiscales du gouvernement.
Parallèlement à ces négociations délicates, Ishiba fait également face à un mécontentement au sein de son parti, qui a perdu des dizaines de sièges --y compris ceux occupés par des ministres-- lors des élections du 27 octobre.
"S'il n'améliore pas son soutien populaire, les membres du PLD pourraient commencer à dire qu'ils ne peuvent pas se lancer dans la bataille des élections à la Chambre haute avec Ishiba" et chercher un autre leader, a ajouté Iwai, en référence aux élections sénatoriales qui auront lieu en juillet prochain.
Le taux de popularité du gouvernement Ishiba est juste au-dessus de 30%, mais les sondages montrent qu'une majorité de l'opinion publique estime qu'il devrait rester Premier ministre.
Ishiba est confronté à une route parsemée d'obstacles, puisqu'aussi bien les Américains que les députés nippons sont susceptibles de le pousser à augmenter les dépenses publiques et dans le même temps à réduire les impôts, selon les analystes.
Les éventuels nouveaux droits de douane américains sur les produits chinois et japonais pourraient alimenter l'inflation.
"Cela devrait pousser M. Ishiba à augmenter les dépenses du gouvernement, tandis que les députés de l'opposition lui demandent de réduire les impôts", a écrit Hideo Kumano, économiste en chef du Dai-ichi Life Research Institute.
"Ce doit être M. Ishiba qui ressent le plus de maux de tête depuis la victoire de M. Trump", a ajouté Kumano.
Ch.P.Lewis--AT