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Macron et Scholz, les retrouvailles de deux dirigeants affaiblis face aux défis européens
Deux entretiens rapprochés, mais presque en catimini. Ce sont un Emmanuel Macron et un Olaf Scholz affaiblis qui se rencontrent mercredi à Berlin, confrontés chez eux à des crises politiques dont la conjonction risque de peser à un moment-clé pour l'Europe.
Le président français se rend en Allemagne pour le Berlin Global Dialogue, et ira voir à cette occasion le chancelier allemand. Un tête-à-tête sans conférence de presse ni déclaration, à l'image du précédent rendez-vous côté français, début septembre aux Rencontres d'Evian.
"Pour une fois, France et Allemagne sont alignées, pas forcément pour des bonnes raisons: les deux situations politiques intérieures font que les deux dirigeants sont affaiblis", constate Paul Maurice, expert des relations franco-allemandes à l'Institut français des relations internationales. "Ils sont en difficulté pour prendre des initiatives et aller de l'avant."
C'est un peu les retrouvailles des "canards boiteux". Chacun à sa manière, les deux hommes correspondent à cette image venue de la politique américaine d'un dirigeant qui, en fin de course, voit sa capacité d'action diminuée.
Emmanuel Macron a en partie perdu le pouvoir à l'occasion des élections législatives de l'été, après avoir lui-même dissous l'Assemblée nationale. Il a dû nommer un Premier ministre dans les rangs de l'opposition de droite, mais que ses propres troupes centristes sont contraintes de soutenir faute de majorité.
Olaf Scholz voit lui la fragile coalition de ses sociaux-démocrates avec les Verts et les libéraux-démocrates se déliter sous la menace grandissante d'une extrême droite qui engrange les gains électoraux. A tel point que tous les camps semblent entrer en campagne pour des législatives prévues dans un an, si le gouvernement tient jusque-là.
- Relations au quotidien -
"Le moteur franco-allemand c'est le cœur battant de l'Europe, il ne se réduit pas à la relation entre le président et le chancelier, qui par ailleurs est bonne et constructive", relativise-t-on de source diplomatique française. "C'est aussi et surtout des relations au quotidien entre les gouvernements, qui travaillent dans une grande proximité."
De fait, tout un réseau d'experts est à pied d'oeuvre pour continuer de tisser des perspectives communes.
A cet égard, la reconduction comme ministre français des Armées de Sébastien Lecornu, rare rescapé post-dissolution, est vue comme un gage de continuité important. Face à la guerre en Ukraine et à la nécessité de renforcer l'industrie de défense, il est réputé former un duo efficace avec son homologue allemand Boris Pistorius, plus populaire que son chancelier.
Plusieurs diplomates et observateurs décrivent aussi des relations Macron-Scholz pas si mauvaises qu'on le dit, malgré des personnalités aux antipodes entre un chef de l'Etat français extraverti et un chef de gouvernement allemand introverti.
"Le paradoxe, c'est que la rencontre d'Evian s'est très bien passée", assure Paul Maurice. En sourdine, les deux pays avancent selon lui sur les questions de compétitivité européenne après l'impulsion donnée au printemps par la visite d'Etat d'Emmanuel Macron en Allemagne.
"C'est moins glamour de parler de compétitivité et d'union des marchés de capitaux que de parler de grands projets européens", mais "c'est ça aussi qui manque actuellement en Europe, l’investissement", ajoute-t-il.
Dans ce dossier crucial, toutefois, les deux membres du moteur européen, en rade chez eux, sont en position de faiblesse à la table du Conseil européen.
Et sont en grand désaccord face à des points-clés.
D'abord les droits de douane imposés aux voitures électriques chinoises, au coeur d'un vote des Vingt-Sept vendredi, qui épouvante l'Allemagne dont le modèle économico-industriel est lourdement remis en cause ces dernières années.
Ensuite, une des réponses du rapport de Mario Draghi pour compenser le décrochage économique du Vieux Continent face aux Etats-Unis et à la Chine. L'ex-président de la Banque centrale européenne prône des emprunts communs pour combler des besoins d'investissements "énormes" de près de 800 milliards d'euros par an.
Traditionnellement, l'Allemagne n'en veut pas.
"C'est vital pour l'avenir de l'Europe, mais c'est insoluble car en Allemagne cette question, le fait de ne pas dépenser plus que ce qu'il y a dans les caisses, ça a une dimension morale", souligne l'historienne Hélène Miard-Delacroix.
Or, la situation politique actuelle d'Olaf Scholz "accentue le repli sur soi" de Berlin, ajoute-t-elle, ce qui en fait peut-être à ses yeux le plus affaibli des deux par rapport à un Emmanuel Macron qui reste à l'Elysée pendant encore deux ans et demi. Il garde la main sur la politique étrangère et au fond aurait presque la possibilité de se replier sur l'Europe.
R.Chavez--AT