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Devant des dizaines de milliers de soutiens, Bolsonaro fustige le juge qui a suspendu X au Brésil
Sous les vivats de dizaines de milliers de manifestants à Sao Paulo, l'ex-président Jair Bolsonaro a qualifié samedi de "dictateur" le juge de la Cour suprême qui a ordonné la suspension du réseau social X.
En ce jour de fête nationale de l'indépendance, et à un mois des élections municipales au Brésil, les mots d'ordre de ce rassemblement étaient la défense de la "démocratie" et de la "liberté", mais aussi la destitution du juge Alexandre de Moraes, qui a bloqué l'accès au Brésil à la plateforme appartenant à Elon Musk il y a une semaine.
"Nous devons mettre un frein à ceux qui dépassent les limites de notre Constitution", a scandé M. Bolsonaro, juché sur une estrade surplombant une marée humaine jaune et verte aux couleurs du drapeau brésilien.
Il a ensuite évoqué la demande de destitution contre le juge Moraes qui devrait être déposée lundi au Sénat par des parlementaires de droite. Cette démarche à l'issue pour l'heure très incertaine est soutenue à coup de posts par Elon Musk.
"J'espère que le Sénat va mettre un frein à Alexandre de Moraes, ce dictateur qui fait encore plus de mal au Brésil que Luiz Inacio Lula da Silva lui-même", le président brésilien, contre qui il a échoué dans sa tentative de réélection en 2022.
- "Censure" -
Bête noire des bolsonaristes, Alexandre de Moraes était président du Tribunal supérieur électoral quand l'ancien chef de l’État avait été condamné l'an dernier à huit ans d'inéligibilité pour ses attaques sans preuve contre le système d'urnes électroniques. Il conduit aussi la plupart des multiples enquêtes visant M. Bolsonaro.
La semaine dernière, il a ordonné la suspension de X, reprochant à la plateforme d'avoir ignoré une série de décisions de justice liées à la lutte contre la désinformation.
"Je suis là pour réclamer la destitution d'Alexandre de Moraes, ce qu'il fait est inacceptable. Il ignore la Constitution et il fait la loi à sa façon, en ignorant notre Constitution", a dit à l'AFP Emilia Lapolli, architecte de 35 ans présente dès le début de la manifestation.
"Je veux protester contre la folie en cours en ce moment dans notre pays, on subit la censure !", lance pour sa part Sergio Luiz Barreira, informaticien à la retraite.
La manifestation de samedi avait été convoquée avant même la suspension de X, arène privilégiée d'un débat ultra-polarisé au Brésil.
De nombreuses pancartes à l'effigie d'Elon Musk ont été disposées le long de l'avenue Paulista.
La droite, qui fait volontiers du milliardaire son champion, a dénoncé la mesure au nom de la liberté d'expression.
Mais la gauche du président Lula a défendu cette décision drastique.
"Nous serons toujours intolérants avec toute personne, quelle que soit sa fortune, qui défie la législation brésilienne", a averti Lula dans une allocution à la veille de la fête nationale, sans citer nommément l'entrepreneur.
La démocratie, "ce n'est pas le droit de mentir, de répandre la haine et d'attenter à la volonté du peuple", a-t-il ajouté.
- Scandale -
Le rendez-vous de samedi survient au moment où le gouvernement est affaibli par un scandale. Accusé de harcèlement sexuel par plusieurs femmes, dont une ministre, le ministre des Droits humains Silvio Almeida, qui nie en bloc, a été limogé vendredi soir.
Lula a ouvert samedi matin le défilé officiel à Brasilia dans la Rolls-Royce présidentielle, avant de prendre place en tribune officielle, à quelques mètres du juge Moraes, présent au même titre que de nombreux ministres, parlementaires et autres représentants du pouvoir judiciaire.
Une trentaine de sportifs militaires ayant participé aux Jeux Olympiques de Paris-2024 ont pris part au défilé dans la capitale fédérale, dont Caio Bonfim, qui arborait sa médaille d'argent remportée à l'épreuve du 20 km marche.
M. Bolsonaro avait demandé à ses partisans de ne pas prendre part aux cérémonies de commémoration organisées par le gouvernement.
E.Flores--AT