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Michel Barnier tient la corde pour Matignon
Crise politique, 60e jour. Emmanuel Macron n'en finit pas de chercher le nom du prochain Premier ministre, un casse-tête que le président pourrait finalement résoudre jeudi, la piste de Michel Barnier succédant désormais à droite à celle de Xavier Bertrand.
Après encore un jour sans fin mercredi où une annonce dans la soirée était envisagée, le sommet de l'État espère une issue jeudi. Deux longs mois après le second tour des législatives.
"On avance. Les critères du président restent la +non censurabilité+" par l'Assemblée du futur locataire de Matignon "et la capacité à faire des coalitions", a expliqué à l'AFP un proche du président.
L'hypothèse d'une annonce de nomination de Michel Barnier a commencé à circuler dans la soirée de mercredi. Un conseiller de l'exécutif a détaillé à l'AFP les multiples qualités de l'ancien candidat à la primaire LR de 2021: il est "Macron-compatible", il permet la participation de LR à une coalition de gouvernement, il ne serait pas censuré immédiatement et ne sera pas candidat en 2027, selon lui.
Mais l'Élysée a refusé de confirmer ou démentir qu'il avait été reçu mercredi par Emmanuel Macron.
Interrogé jeudi matin sur cette piste pour Matignon, le Rassemblement national qui a accentué ces derniers jours sa pression sur le président, n'a pas directement promis la censure. "Nous jugerons sur pièce", a assuré son vice président Sébastien Chenu, rappelant que l'introduction de la proportionnelle aux législatives faisaient partie des conditions édictées par le parti d'extrême droite mais que l'ancien négociateur du Brexit "vient d'une famille, Les Républicains, qui est très hostile à la proportionnelle".
L'absence de censure immédiate était cependant beaucoup moins évidente chez un autre député RN, Jean-Philippe Tanguy, qui a réduit l'ancien ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, âgé de 73 ans, à un "fossile".
Quant à la gauche, le président du groupe PS à l'Assemblée Boris Vallaud s'est contenté de rappeler sur France 2 que "l'opposition de droite fera l'objet d'une sanction parce que ce sera pour mettre en œuvre une politique de droite".
Et dans un communiqué, le nouveau Front populaire et sa candidate à Matignon, Lucie Castets, ont critiqué le fait qu'en se tournant vers la droite, le président de la République "noue un accord tacite avec l'extrême droite", ce qui selon lui reviendrait à "une négation totale des élections législatives" qui ont placé le NFP en tête et "rejeté massivement une arrivée au pouvoir du Rassemblement national".
"Sur la méthode, Emmanuel Macron pense qu'il va régler lui-même la question de la gouvernabilité", "c'est une erreur, c'est à l'Assemblée nationale d'en décider", a estimé de son côté l'ancien président socialiste François Hollande.
- Moratoire sur l'immigration -
Agé de 73 ans et vieux routier de la politique française et européenne, Michel Barnier, dont le nom a commencé a circuler dès le début de l'été, a été ministre pour la première fois en 1993, puis trois fois sous les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy. Il également été deux fois commissaire européen, et finalement entre 2016 et 2021 négociateur de la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, le Brexit.
Il est brièvement réapparu en 2021 dans la vie politique française en se portant candidat à la primaire de son parti, Les Républicains (LR), pour la présidentielle de 2022. Son programme prévoyait notamment un "moratoire" sur l'immigration.
Selon une ministre démissionnaire, l'Élysée a échangé avec lui mercredi. "Il est très apprécié des députés de droite sans que ce soit un irritant à gauche", glisse-t-elle.
La gauche a souligné que le destin d'un gouvernement Barnier dépendrait avant tout de la position du RN. "On sait à la fin qui décide: elle s'appelle Marine Le Pen. C'est à elle que Macron a décidé de se soumettre", a fustigé la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier.
Le chef de l’État est pressé de toutes parts d'arrêter un choix près de trois mois après la dissolution qu'il a lui-même provoquée, le 9 juin, et deux mois après le second tour des législatives qui a débouché sur une Assemblée sans majorité ni coalition viable à ce jour.
"Plus le temps passe, plus c'est catastrophique. La colère monte. Les gens nous demandent quand on commence a bosser. Il y a urgence à agir sinon c'est la rue qui va prendre le relais", a prévenu le patron du groupe centriste Liot Stéphane Lenormand.
Samedi, une manifestation est prévue à Paris contre le "coup de force de Macron" à l'appel de plusieurs organisations étudiantes, rejointes par La France insoumise, le PCF ou encore les Ecologistes.
F.Wilson--AT