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Nouveau suspense pour Matignon, le scénario Bertrand s'éloigne
Cinquante jours après la démission du Premier ministre Gabriel Attal, le suspense continue sur l'identité de son successeur. Emmanuel Macron, qui semblait sur le point de trancher mercredi en faveur de Xavier Bertrand, a retardé son annonce et pourrait tester d'autres noms.
"Rien pour ce soir, de ce qui m'est dit", a lâché un cadre de la majorité mercredi, en fin d'après-midi alors qu'une annonce paraissait imminente depuis plusieurs heures.
Un conseiller ministériel a fait état d'un "blocage" sur le président LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, dont le gouvernement risque d'être censuré d'emblée de jeu par le Rassemblement national et le Nouveau Front populaire.
"Bertrand est très probablement mort à 100%", renchérit un autre conseiller, évoquant un "front anti-Bertrand" chez les députés macronistes "car il n'aurait jamais eu de majorité sur aucun texte".
D'autres profils de droite recommencent à circuler dans le camp présidentiel, dont celui de l'ancien commissaire européen Michel Barnier. Celui du maire de Cannes et président de l'Association des maires de France (AMF), David Lisnard, avancé dans la journée, s'éloignant à son tour.
Le chef de l'Etat est pressé de toutes parts d'arrêter un choix près de trois mois après la dissolution qu'il a lui-même provoquée, le 9 juin, et deux mois après le second tour des législatives qui a débouché sur une Assemblée morcelée le 7 juillet.
Avec en toile de fond une équation quasi insoluble : comment éviter une censure immédiate du gouvernement, quel qu'il soit, dans une Assemblée où aucun des trois blocs n'a de majorité absolue et aucune coalition viable ne se dégage?
- RN et PS arbitres -
Dans cette situation inextricable, Emmanuel Macron penche pour un Premier ministre "politique", après avoir caressé la piste de la société civile en la personne de Thierry Beaudet -- un homme inconnu du grand public, président du Conseil économique, social et environnemental.
Selon un proche du président, Xavier Bertrand comme Bernard Cazeneuve assuraient "plus de stabilité" que Lucie Castets, la candidate du Nouveau Front populaire, éconduite par Emmanuel Macron. Une conclusion sur laquelle il semble être finalement revenu.
Tous deux sont loin d'être assurés d'échapper à une censure immédiate, sur la base des déclarations des différentes forces politiques consultées par le chef de l'Etat. Le pari est donc risqué pour le chef de l'Etat, qui a érigé la "non censurabilité" en principal critère de sa nomination.
A défaut, Les Républicains, qui ont ouvert mardi la porte à la nomination de Xavier Bertrand après avoir campé sur leur refus de toute participation à un gouvernement ou à une coalition, pourraient offrir un autre candidat.
Le RN s'oppose frontalement au patron des Hauts-de-France, qu'il juge trop hostile à ses idées et ses électeurs. Si le parti lepéniste et ses alliés fidèles à Eric Ciotti votaient une censure déposée par la gauche, celle-ci pourrait obtenir jusque 335 voix, largement au-dessus des 289 voix requises pour renverser un gouvernement.
- Impatience -
Le RN, qui censurerait aussi un gouvernement Cazeneuve, se montre moins hostile à d'autres personnalités de droite, comme l'ex-ministre centriste Jean-Louis Borloo cité par Sébastien Chenu sur LCI, car il "se comporte bien" à son égard.
A gauche, la menace de censure était aussi brandie contre une équipe Bertrand. Les Insoumis -- qui ont refusé mardi de s'entretenir à nouveau avec le président -- continuent même d'affirmer qu'ils censureront tout autre Premier ministre que Lucie Castets.
Le patron des socialistes Olivier Faure a lui émis de fortes réserves à l'égard de Bernard Cazeneuve, mais sans fermer totalement la porte. Ce serait "une forme d'anomalie" de choisir "le seul homme de gauche qui s'est battu contre le Front populaire", a-t-il jugé sur TF1.
"Qu'importe le nom, nous voulons abrogation ou moratoire de la réforme des retraites, hausse des salaires et un budget en augmentation pour investir dans les services publics", a également plaidé sur RTL le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel. Avant d'ironiser sur BFMTV sur ce "mauvais feuilleton" qui ressemble "aux Feux de l'amour".
"Plus le temps passe, plus c'est catastrophique. La colère monte. Les gens nous demandent quand on commence a bosser. Il y a urgence à agir sinon c'est la rue qui va prendre le relais", a prévenu le patron du groupe centriste Liot Stéphane Lenormand.
K.Hill--AT