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Assemblée: après la bataille du perchoir s'ouvre celle des postes-clés
Après l'élection très disputée de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l'Assemblée, d'emblée contestée par la gauche, les députés s'attaquent vendredi à la répartition des autres postes-clés. Avec en surplomb un accord entre la droite et la majorité qui risquent de léser les autres forces politiques.
La présidente sortante a été réélue jeudi dans un vote serré au troisième tour face au candidat de la gauche André Chassaigne, grâce au soutien de La Droite républicaine, qui a retiré son candidat Philippe Juvin.
Les présidents des groupes avaient rendez-vous vendredi matin à 10H00 pour tenter de s'accorder sur une répartition des postes de six vice-présidents, trois questeurs et douze secrétaires, qui forment avec la présidente de l'Assemblée le Bureau de la chambre basse, sa plus haute instance exécutive.
Mais leur réunion a tourné court, selon des sources concordantes. L'ambiance était "détestable", la majorité continuant à vouloir "dealer avec LR" sans "tenir compte du poids de chaque force", a expliqué une source parlementaire à gauche.
Le règlement de l'Assemblée prévoit que la répartition des postes s'efforce de refléter les équilibres de la Chambre basse. Mais en cas de litige entre les groupes, les députés sont appelés à voter pour trancher. Une longue série de scrutins va donc se tenir à partir de 15H00, potentiellement jusqu'au coeur de la nuit.
Pour le camp présidentiel, l'équation s'annonce complexe. Car il lui faut tenter de faire respecter son accord avec La Droite républicaine de Laurent Wauquiez, qui déroge nécessairement à cette règle proportionnelle.
Selon des sources parlementaires, le camp de Laurent Wauquiez a posé comme mise de départ une voire deux vice-présidences - la première étant fléchée vers Annie Genevard - un poste prestigieux de questeur, deux de secrétaires, et la présidence de la commission des Finances, qui se jouera samedi, et pour laquelle pourrait concourir Véronique Louwagie.
Autre motif de désaccord entre les blocs de l'Assemblée, la question des places attribuées au Rassemblement national. La gauche souhaite poursuivre le "front républicain" du second tour des législatives jusqu'au Palais Bourbon, en laissant le RN à l'écart des postes-clés.
"Le mandat qui nous a été donné, c'est faire barrage au RN, si on croit sincèrement que leur projet est antirépublicain on ne leur donne pas des postes", a souligné jeudi auprès de l'AFP Cyrielle Chatelain, présidente du groupe Ecologiste et Social.
"Les députés du RN doivent être respectés parce que derrière eux ce sont 11 millions d'électeurs qui se sont exprimés", rétorque le cadre du groupe RN Sébastien Chenu.
- "Matchs différents" -
Au sein de la macronie les positions sont divergentes. Le groupe Ensemble pour la République (EPR, ex-Renaissance), désormais présidé par Gabriel Attal, a fait savoir qu'il ne comptait voter ni pour les candidats RN, ni pour ceux de LFI.
Une position que ne partagent pas les alliés du MoDem et Horizons, favorables à une répartition des postes proportionnelle au poids de chaque groupe.
Et Yaël Braun-Pivet a rappelé sa propre position: "Il est sain que chaque groupe politique, quel qu'il soit, puisse être représenté au Bureau" de l'Assemblée.
Le risque pour le camp présidentiel est de se mettre à dos l'ensemble des oppositions et de rendre l'Assemblée ingouvernable, en échange d'une alliance avec LR loin de lui assurer une majorité absolue, l'ensemble pesant 213 députés, loin des 289 nécessaires.
Mais pour Emmanuel Macron, cette alliance pour le perchoir est le premier pas vers la constitution d'un gouvernement qui aurait le soutien de la droite, permettant de tourner la page des espoirs de gouverner de la gauche unie.
Les responsables du Nouveau Front populaire semblaient toutefois ne pas vouloir renoncer vendredi. "Ce sont des matchs différents (entre l'Assemblée et Matignon). On est là, on continue et on y croit", a assuré la patronne des écologistes Marine Tondelier sur Franceinfo.
"C'est d'autant plus nécessaire d'avoir un gouvernement de Front populaire que, d'une certaine manière, la réalité du scrutin des législatives n'a pas trouvé d'écho du fait de certaines combines à l'Assemblée", a plaidé le président du groupe socialiste Boris Vallaud sur France 2.
Le socialiste, qui met en avant la candidature de l'économiste Laurence Tubiana, réclame un vote "le plus rapide possible" au sein des députés de gauche pour désigner un candidat à Matignon, mais les Insoumis rejettent toujours ce mode de désignation, voulant un consensus.
A.O.Scott--AT