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"Le coeur lourd", Gaza en tête, la délégation palestinienne s'élance vers les JO
Le départ approche, mais le coeur n'y est pas. La délégation palestinienne qui se rend aux Jeux olympiques de Paris a promis dimanche, lors d'une cérémonie solennelle en Cisjordanie occupée, de concourir pour mettre la lumière sur la guerre à Gaza.
"Nous sommes honorés de concourir" dans moins de deux semaines aux JO-2024 (26 juillet-11 août), "mais on ne peut pas ignorer la dure réalité à laquelle les Palestiniens font face au quotidien", alors on "part le coeur lourd", déclare à l'AFP Valerie Tarazi, une nageuse américano-palestinienne, l'une des huit athlètes de la délégation palestinienne.
Longue robe noire brodée de drapeaux palestiniens vert, blanc et rouge, Valerie Tarazi explique lors d'une conférence de presse à l'Institut français de Ramallah en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, que sa participation, au-delà de l'aspect sportif, visera surtout à "honorer nos familles et nos amis morts dans cette terrible guerre" à Gaza.
Le conflit, déclenché par l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre en Israël, a entraîné la mort de 1.195 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP à partir de données officielles israéliennes.
Depuis, la riposte militaire d'Israël a dévasté la bande de Gaza et fait plus de 38.500 morts côté palestinien, en majorité des civils, d'après des données du ministère de la Santé du gouvernement du Hamas.
"Le départ de nos athlètes pour les JO-2024 intervient dans un moment très sombre de notre histoire", déplore elle aussi la ministre d'Etat aux Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne, Varsen Aghabekian Shahin.
Un seul des huit sportifs palestiniens des JO s'est qualifié, les sept autres ayant bénéficié d'une invitation du Comité international olympique (CIO).
Qu'importe, "vous n'êtes pas seulement des athlètes mais aussi (...) des symboles de la résistance palestinienne", dit la ministre, en s'adressant à la nageuse.
Après plus de neuf mois de guerre à Gaza, ajoute-t-elle, "représenter la Palestine, c'est déjà une victoire".
- Le sport palestinien "durement touché" -
La participation de ces huit athlètes dans six disciplines différentes (athlétisme, natation, taekwondo, judo, boxe et tir) est déjà un petit miracle alors que les infrastructures ont été détruites à Gaza, que la pratique sportive est un casse-tête en Cisjordanie occupée, et que 400 athlètes, bénévoles et employés du monde sportif ont été blessés ou tués dans la bande de Gaza assiégée par Israël, estime Jibril Rajoub, président du comité olympique palestinien.
Pour lui, les athlètes doivent se servir de l'exposition médiatique qu'offrent les Jeux comme d'une "tribune" pour sensibiliser l'opinion publique sur la guerre menée par Israël à Gaza.
"C'est pour ça qu'on doit participer", pense le président du comité olympique palestinien, par ailleurs figure historique du Fatah, le parti du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.
"Nous pensons que ceux qui violent l'éthique olympique doivent être sanctionnés par le CIO", déclare-t-il, dans une référence à peine masquée à Israël. Un sujet épineux sur lequel le CIO a toujours botté en touche, adoptant une approche très différente de celle sur la guerre entre Ukraine et Russie, qui a abouti à une série de sanctions contre le sport russe.
Le CIO se retranche derrière sa "solution à deux Etats", puisque les CNO israélien et palestinien coexistent depuis 1995, un legs du processus de paix d'Oslo.
"Le sport palestinien a été durement touché par la guerre", a de son côté défendu le consul général de France à Jérusalem, Nicolas Kassianides, lors de la conférence de presse, assurant que Paris allait soutenir le sport palestinien à hauteur d'un million d'euros en 2024.
"En soutenant le sport en Palestine, la France contribuera à soutenir le peuple palestinien", a-t-il ajouté.
Un appui d'autant plus bienvenu que la jeunesse palestinienne est largement privée de sport, reprend Valerie Tarazi, entre infrastructures "détruites" et restrictions de mouvements.
"Je regarde les informations et je vois des (Palestiniens) qui nagent dans la mer pour récupérer de l'aide humanitaire. Moi, je nage pour la compétition, eux nagent pour survivre", dit-elle d'une voix étranglée, en référence aux Gazaouis qui ont tenté de récupérer des colis largués par les airs depuis la guerre.
Alors, assure la nageuse, elle prendra soin à Paris de répondre à toutes les demandes d'interviews, pour qu'on "n'arrête pas de parler de la Palestine". Et conclut comme à une tribune politique: "Free Palestine!", "Libérer la Palestine".
L.Adams--AT