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Le Royaume-Uni vote pour des législatives historiques, le Labour favori
Dans tout le Royaume-Uni, les électeurs votent jeudi pour des législatives annoncées comme un rejet historique des conservateurs au pouvoir depuis 2010 au profit du parti travailliste.
Après 14 ans et cinq Premiers ministres, l'austérité, la crise du coût de la vie, le système de santé public à bout, les Tories se sont attirés tant de griefs de la part des Britanniques que la campagne les a conduits à simplement ambitionner de limiter la casse.
Le Premier ministre Rishi Sunak le concède, l'enjeu est désormais d'empêcher que le Labour dispose d'une "super majorité".
Sauf coup de théâtre, c'est le travailliste Keir Starmer, un ancien avocat de 61 ans, qui vendredi se verra confier la tâche de former un gouvernement par le roi Charles III, après avoir ramené son parti au centre-gauche et promis le retour du "sérieux" au pouvoir.
Son arrivée à Downing Street serait celle d'un modéré, quand l'extrême droite tape à la porte du pouvoir en France et que le spectre d'un retour de Donald Trump plane sur la présidentielle américaine à l'automne.
"Le changement. Aujourd'hui, vous pouvez voter pour", a écrit sur X Keir Starmer, entré en politique il y a seulement neuf ans.
Le Premier ministre Rishi Sunak lui a voté en tout début de matinée dans sa circonscription du nord de l'Angleterre, avec sa femme Akshata Murty. Sur X, il a agité le spectre d'impôts plus élevés "pour le reste de votre vie".
- "Tout a mal tourné" -
Les premières estimations sont attendues à la clôture des bureaux de vote à 22H00 (21H00 GMT), avant que les résultats ne s'égrènent jusqu'au petit matin.
"C'est le moment du changement, n'est-ce pas ?", lance Peter Warren, un responsable des ventes de 43 ans rencontré par l'AFP à la gare de Saint-Albans, en périphérie de Londres. "J'ai de l'espoir mais je ne suis pas sûr que les choses vont s'améliorer tant que ça", poursuit-il, traduisant la prudence et le peu d'enthousiasme de nombre de Britanniques à l'égard de l'alternance qui s'annonce.
De retour à Londres après avoir vécu en Australie, Ianthe Jacob, une écrivaine de 32 ans, estime que "tout a mal tourné" au Royaume-Uni, citant l'état du système public de santé et la manière dont sont traitées les personnes trans. "Comment est-ce qu'un pays développé a pu en arriver là ?", s'interroge-t-elle aux abords de son bureau de vote dans l'est de la capitale.
Si l'issue du scrutin ne semble faire aucun suspense, les questions demeurent autour de l'ampleur de la défaite pour les conservateurs, devancés d'une vingtaine de points depuis des mois, ou encore sur le score du parti anti-immigration Reform UK de l'ancien champion du Brexit Nigel Farage.
Selon la dernière étude de l'institut YouGov, le Labour obtiendrait 431 députés contre 102 pour les Tories - une majorité sans précédent depuis 1832. Les Lib-Dem remporteraient 78 sièges et Reform trois, permettant à Nigel Farage d'entrer au Parlement après sept échecs.
- Pluie et gaffes -
Pour Rishi Sunak, cinquième Premier ministre conservateur depuis 2010, ces élections, déclenchées lors d'une annonce sous la pluie, marquent la fin d'une campagne qui a tourné au calvaire.
L'ancien banquier d'affaires et ministre des Finances de 44 ans a accumulé les bévues et semblé manquer de sens politique, écourtant sa présence aux célébrations du 80e anniversaire du Débarquement en Normandie et tardant à réagir aux soupçons de paris frauduleux dans son camp sur la date des élections.
En face, Keir Starmer a mis en avant ses origines modestes - mère infirmière et père outilleur - contrastant avec son adversaire multimillionnaire. Il a promis une gestion des dépenses publiques très rigoureuse, sans augmentation d'impôts pour la majorité des Britanniques.
Il compte sur une stabilité retrouvée, des interventions de l'Etat et des investissements dans les infrastructures pour relancer la croissance, et redresser des services publics.
Il veut se montrer ferme sur les questions migratoires et se rapprocher de l'Union européenne - sans la rejoindre, tant les débats du Brexit ont fracturé le pays.
Si sa prudence lui a permis d'engranger des soutiens dans les milieux d'affaires et une partie de la presse conservatrice tels que celui du tabloïd The Sun, tandis que le prestigieux quotidien The Times (centre-droit) a refusé, fait rarissime, de se prononcer.
D.Johnson--AT