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Un gouvernement d'extrême droite pourrait-il plonger la France dans une "crise de la dette"?
Le ministre Français de l'Economie Bruno Le Maire a jugé mardi "possible" une "crise de la dette" en France si le Rassemblement national (RN) appliquait son programme, au moment où les marchés financiers réagissent avec nervosité à la possibilité d'une arrivée au pouvoir d'un gouvernement d'extrême droite.
Le RN est donné favori des sondages pour les élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet, après l'annonce surprise de la dissolution de l'Assemblée nationale dimanche.
Les développements politiques ont fait grimper le taux d'emprunt français à dix ans, qui continuait son ascension mardi, si bien que l'écart avec le taux allemand à même échéance a atteint un record depuis 2020.
Le taux d'emprunt français à dix ans est monté jusqu'à 3,32% au cours de la journée. Vers 17H30 GMT, il s'établissait à 3,23% quand, au même moment, son équivalent allemand, considéré comme étant le plus sûr en Europe, était à 2,62%.
L'écart entre ce taux français et son équivalent allemand s'est nettement accru au cours de la séance. Or, cet écart - appelé "spread" - est un indicateur de la confiance des investisseurs dans les perspectives économiques de long terme d'un pays.
Sur le marché obligataire, un tel écart entre les taux d'emprunt français et allemand pour des raisons de politique nationale ne s'était plus vu "depuis 2017, lorsqu'il y avait un risque de voir un second tour des présidentielles entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen", note Lionel Melka, gérant de Swann Capital.
"Nos créanciers s'inquiètent, commencent à bouger, à froncer le sourcil", a constaté le ministre des Finances. "Depuis qu'une victoire du RN est envisageable, le coût de la dette français explose", a ajouté Bruno Le Maire.
"Si le RN applique son programme, une crise de la dette est possible en France", a-t-il estimé lors d'une réunion de lancement de la campagne électorale à Pacy-sur-Eure, dans son ancien fief électoral de l'Eure.
"Le programme économique du RN, qui creuserait fortement le déficit de l'Etat, pourrait déclencher une crise de la dette publique s'il venait à être mis en place", estime dans une note Sylvain Bersinger, du cabinet Asterès, voyant un parallèle avec le programme de Liz Truss au Royaume-Uni, qui avait semé la panique sur la dette britannique.
Si le parti d'extrême droite français accède au gouvernement, cela sera synonyme d'une "augmentation des déficits budgétaires", prévoit aussi Neil Wilson, analyste de Finalto.
La situation sur les marchés "illustre les craintes de détérioration de la qualité de crédit de la France par rapport à l'Allemagne et c'est lié au caractère dispendieux des mesures possibles d'un point de vue budgétaire" en cas de victoire du Rassemblement national en France, explique Lionel Melka.
- La dette dans le radar des marchés -
La nervosité des marchés s'inscrit dans un contexte où le pays a récemment vu sa note de crédit dégradée d'un cran par l'agence de notation S&P.
Le 31 mai, S&P avait sanctionné l'aggravation des déficits publics du pays et expliqué ne pas croire à la promesse d'un rétablissement des comptes d'ici la fin du mandat d'Emmanuel Macron en 2027.
La dissolution "accroît les risques" qui pèsent sur la maîtrise budgétaire de la France, et donc sur sa note, a estimé lundi soir l'autre influente agence de notation, Moody's, qui s'attend à ce qu'aucun parti n'ait de majorité absolue dans la prochaine Assemblée.
Pour Moody's, "le fardeau de la dette française est le plus élevé parmi ses pairs notés de manière similaire" et "le rythme de réduction du déficit de la France sera plus lent que celui de la plupart de ses pairs européens".
Mardi, l'agence Fitch a à son tour pointé "l'incertitude" qui découle de la dissolution.
La dette de la France est supérieure à 110% de son PIB, alors que celle de l'Allemagne n'atteint que 64% de la production de richesse du pays, rappelle Aurélien Buffault, gérant obligataire chez Delubac AM.
"C'est là où on arrive dans un cercle vicieux: le coût de la dette augmente parce qu'on attribue à la France un risque de solvabilité", qui se traduit par une hausse du taux d'intérêt qu'elle doit accepter de payer pour pouvoir emprunter, souligne-t-il.
Alors que le marché obligataire est le principal levier de financement de l'Etat, emprunter plus cher signifie pour la France un coût de financement plus élevé, ce qui peut contribuer à aggraver son endettement et à creuser davantage son déficit.
Par ailleurs, selon les données les plus récentes de l'Agence France-Trésor, au quatrième trimestre 2023 la dette française était détenue à 53,2% par des investisseurs étrangers "pour qui la question de détenir de la dette française se pose" dans le contexte politique incertain actuel, poursuit M. Buffault.
G.P.Martin--AT