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La Russie veut incarcérer un Français soupçonné de collecter des informations militaires
Un puissant organe d'enquête russe demande le placement en détention du Français Laurent Vinatier, a annoncé vendredi l'avocat de ce collaborateur d'une ONG suisse de règlement des conflits arrêté la veille et accusé de collecter des renseignements sur l'armée russe.
L'audience en vue d'ordonner cette incarcération est attendue pour dans la journée au tribunal Zamoskvoretski de Moscou.
Cette affaire intervient en pleine aggravation des tensions russo-françaises et russo-suisses en raison de l'offensive russe contre l'Ukraine, sujet sur lequel travaillait M. Vinatier depuis des années.
Il est soupçonné d'avoir illégalement recueilli des informations sur les activités militaires de la Russie mais a été officiellement poursuivi à l'heure actuelle pour avoir violé une loi traitant des "agents de l'étranger", utilisée par les autorités russes pour réprimer leurs détracteurs, un délit passible de cinq ans de prison.
Mais les termes du communiqué du Comité d'enquête, qui évoque une "collecte ciblée d'informations dans le domaine des activités militaires et militaro-techniques de la Russie", laissent présager des charges encore plus lourdes.
- Sécurité de l'État -
De telles informations, "si elles sont obtenues par des sources étrangères, pourraient être utilisées contre la sécurité de l'État" russe, a affirmé la même source jeudi, sans plus de précisions.
"Le Comité d'enquête dépose actuellement une requête auprès du greffe du tribunal pour demander la détention de Laurent Vinatier", a dit à l'AFP Alexeï Sinitsyne, l'avocat du Français.
Selon des sources interrogées par l'AFP, l'intéressé, né en 1976, travaillait depuis de longues années sur le conflit entre la Russie et l'Ukraine, avant même l'assaut de février 2022, dans le cadre de discrets efforts diplomatiques en parallèle des États.
L'employeur de ce Français, l'ONG suisse Centre pour le dialogue humanitaire (HD), a demandé jeudi sa "libération". Et le président français Emmanuel Macron a martelé que l'intéressé n'était "en aucun cas (...) quelqu'un qui travaillait, qui travaille pour la France".
"Il recevra toutes les protections consulaires qui conviennent dans un tel cas. Mais je voulais ici rétablir la vérité face aux intoxications qu'on entend", a-t-il dit.
Les médiateurs d'ONG comme HD travaillent dans la confidentialité et hors des carcans de la diplomatie classique, ce qui permet des contacts informels entre adversaires mais cela peut aussi exposer ces acteurs à des accusations d'espionnage.
L'arrestation du Français intervient en plein accroissement des tensions russo-françaises, justement du fait de l'Ukraine.
Paris s'efforce de convaincre ses alliés de dépêcher des instructeurs militaires dans ce pays pour former les soldats ukrainiens, en difficulté face aux forces russes. M. Macron a également évoqué l'envoi de troupes, suscitant la colère du Kremlin et de nouvelles menaces d'escalade.
- Tensions avec Paris et Berne -
En outre, cette arrestation est intervenue au lendemain de l'interpellation d'un Russo-Ukrainien soupçonné d'avoir projeté une action violente en France, à moins de deux mois du début des Jeux olympiques à Paris.
La Russie est aussi soupçonnée de multiples actions d'ingérence, d'intimidation ou de désinformation, des accusations qu'elle rejette.
Parmi les actions pour lesquelles de tels soupçons pèsent : des cercueils installés début juin au pied de la tour Eiffel, des tags en mai sur le mémorial de la Shoah, des étoiles de David bleues marquées au pochoir à Paris et dans sa banlieue en octobre 2023.
La Russie détient plusieurs Américains dans ses prisons et est accusée de procéder à de telles arrestations pour ensuite négocier des échanges afin de libérer ses agents.
C'est le cas du journaliste américain Evan Gershkovich, accusé d'espionnage malgré ses dénégations, celles de ses proches, de son pays et de son employeur. Moscou semble vouloir l'échanger contre un homme condamné en Allemagne pour avoir commis un assassinat pour le compte des services secrets russes.
La Suisse et la Russie entretiennent aussi des relations difficiles du fait de l'Ukraine.
Le Kremlin considère que la Confédération helvétique ne respecte pas sa sacro-sainte neutralité car elle a adopté les sanctions européennes et accueille les 15-16 juin un sommet de la paix, à la demande de Kiev, tout en excluant la Russie.
Les responsables russes accusent la Suisse d'"avoir perdu toute crédibilité en tant que pays neutre et vilipendent la conférence du Bürgenstock. Faut-il voir un lien avec cette arrestation ?", s'interroge le quotidien Le Temps.
W.Morales--AT