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Visée par de nouvelles lois, la communauté LGBT en Géorgie craint une répression "à la russe"
Tato Londaridzé esquive soigneusement les matériaux de construction qui traînent en racontant son ambitieux projet d'étendre le plus vieux bar gay de Géorgie, mais une série de nouvelles propositions de loi pourraient mettre son avenir en péril.
Le Success, situé dans le centre de Tbilissi, la capitale géorgienne, a été le premier club gay du Caucase, ouvrant ses portes en 2000, neuf ans seulement après la chute de l'URSS.
"Nous sommes un bar gay ouvert. Et nous ne voulons pas changer cela", dit à l'AFP M. Londaridzé, qui s'inquiète des récentes initiatives du parti au pouvoir, le Rêve géorgien.
Mardi, ce dernier a présenté un ensemble de propositions de loi visant à interdire ce qui est qualifiée de "propagande homosexuelle", une législation qui rappelle celle en vigueur en Russie, et depuis plus récemment, en Hongrie.
Présentés comme visant à "protéger les valeurs familiales et les mineurs", ces textes proscrivent la promotion des relations homosexuelles à la télévision et dans l'éducation, les changements de sexe et codifient l'interdiction du mariage et de l'adoption par des couples de même sexe.
Ils bannissent également les "rassemblements et manifestations" promouvant les relations homosexuelles. Bien que cette législation ne vise pas directement son établissement, Tato Londaridzé, âgé de 29 ans, craint donc que le texte ait une portée plus large.
"Ce n'est pas seulement dangereux pour la communauté gay, c'est aussi dangereux pour les propriétaires de bars gays", explique Tato Londaridzé, qui prédit que "les lieux gays vont cesser d'exister".
"Nous cherchons une solution. Nous ne voulons pas travailler sous couverture", soupire-t-il.
- "Peur" -
Ces propositions de loi ont été annoncées peu après l'adoption d'une autre législation controversée sur l'"influence étrangère". Ces mesures font craindre un rapprochement de cette ex-république soviétique de la Russie, au détriment de l'adhésion à l'UE officiellement voulue.
Selon M. Londaridzé, certains de ses amis envisagent déjà de quitter le pays. "La plupart d'entre eux ont peur. Plusieurs personnes ont déjà acheté des billets", dit-il.
"En fin de compte, il n'y aura plus de personnes ouvertement homosexuelles en Géorgie", craint-il.
De l'autre côté de la rue, dans le petit bureau de l'association de défense des LGBT Tbilisi Pride, sa cofondatrice Mariam Kvaratskhelia énumère une série de campagnes de sensibilisation et d'événements avec des drag-queens qu'elle a pu organiser ces dernières années.
"Cela n'a jamais été facile. La Géorgie n'a malheureusement jamais été un pays très favorable aux LGBT", explique la jeune femme de 31 ans à l'AFP. "Mais au cours des deux dernières années, nous avons assisté à une véritable intensification de l'homophobie politique."
L'année dernière, un événement organisé par son groupe dans un parc éloigné du centre-ville a été pris d'assaut par des milliers de manifestants d'extrême droite, forçant les participants à s'enfuir.
"Le gouvernement n'a rien fait pour empêcher la violence", dénonce Mme Kvaratskhelia qui, par conséquent, ne prévoit plus d'événements.
- "Combat existentiel" -
Avec les lois proposées par le pouvoir, la communauté LGBT est désormais confrontée à un "combat existentiel", estime Mme Kvaratskhelia. Ces textes doivent être examinés avant les élections législatives en octobre, pour lesquelles l'opposition espère faire front uni.
Le président du Parlement, Chalva Papouachvili, a assuré que le vaste paquet de 19 propositions de loi bénéficiait du "soutien absolu de la population" de ce pays de confession majoritairement orthodoxe.
Les partis d'opposition accusent le Rêve géorgien d'introduire ces textes dans le but de rallier les conservateurs et de détourner l'attention de la population des problèmes plus urgents.
Mme Kvaratskhelia, dont le bureau et l'appartement ont déjà été vandalisés, craint de son côté que ces mesures ne fragilise encore davantage la situation des LGBT dans le pays.
"J'ai moi-même beaucoup pensé à partir à l'étranger et à mener une vie paisible", révèle-t-elle. Mais elle s'est juré de rester aussi longtemps que possible.
"Nous allons organiser de vastes campagnes d'information à Tbilissi et dans les régions afin de remporter la victoire lors des prochaines élections législatives d'octobre", prévient-elle.
"Nous sommes très déterminés à poursuivre le combat."
W.Stewart--AT