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"Aller de l'avant": les migrants passent la frontière même si Biden serre la vis
"Il fallait bien aller de l'avant": à la frontière des Etats-Unis avec le Mexique, les migrants continuent d'entrer clandestinement sur le territoire américain en dépit des mesures de fermeture temporaire annoncées par le président Joe Biden.
Alex Roman, un Colombien âgé de 31 ans qui a cheminé sous un soleil de plomb dans le désert, a entendu parler des nouvelles restrictions américaines alors qu'il était encore côté mexicain.
"Avec tout l'argent qu'on a dépensé pour arriver jusque-là... Pourquoi aurait-on fait demi-tour sans essayer" de passer, se demande-t-il auprès de l'AFP.
Il est entré aux Etats-Unis en profitant d'un passage dans le mur qui sépare les deux pays et débouche sur la petite commune frontalière de Jacumba Hot Springs, où il compte déposer une demande d'asile, comme la famille de Freddy Sanchez.
A 37 ans, ce dernier a quitté son pays --le Guatemala-- depuis déjà des semaines a lui aussi entendu parler des nouvelles mesures américaines la veille de sa tentative de passage.
"J'y ai réfléchi, je me suis découragé mais en même temps je me suis dit +Non, au nom de Dieu, on va y arriver". Et nous y voilà", confie ce père de famille.
Avec lui, ils sont environ 80 alignés contre le mur frontalier. Ils viennent d'Inde, de Chine, du Honduras, du Nicaragua de Turquie ou de Jordanie et attendent de pouvoir plaider leur cause.
- "Rien n'a changé" -
Joe Biden a annoncé mardi qu'il empêcherait les migrants entrés illégalement sur le territoire américain de bénéficier du droit d'asile lorsque leur nombre dépasse les 2.500 par jour pendant une semaine, ce qui est actuellement le cas.
Ce chiffre est inférieur à la moyenne quotidienne observée depuis février 2021, souligne Adam Isacson, spécialiste des migrations à l'ONG Washington Office on Latin America.
La mesure devait donc entrer en vigueur immédiatement, même si la différence ne se fait pas sentir à Jacumba Hot Springs.
"Rien n'a changé", remarque sous le couvert de l'anonymat un agent de la police aux frontières américaine.
De fait, le jour d'après l'annonce de M. Biden s'est passé comme les autres à la frontière: environ 4.000 migrants ont été comptabilisés par les autorités, selon des chiffres cités par les médias américains.
Le nombre de migrants traversant illégalement les quelque 3.000 km de frontière était monté jusqu'à 10.000 par jour en décembre. Si le chiffre a baissé, les attaques du camp républicain contre Joe Biden à ce sujet n'ont pas faibli.
L'ex-président républicain Donald Trump, qui accuse les migrants d'"empoisonner le sang" du pays, a promis de procéder à "la plus grande opération d'expulsion de l'histoire" du pays s'il est de nouveau élu président en novembre.
- "Terre promise" -
L'actuel président démocrate a aussi été critiqué à gauche pour son coup de barre à droite, à cinq mois du scrutin présidentiel.
Son décret est similaire à celui pris en 2018 par M. Trump. Il avait alors été bloqué en justice après un recours de l'American Civil Liberties Union (ACLU). Cette puissante association de défense des droits prévoit également de saisir la justice contre le texte de Joe Biden.
Ce dernier prévoit toutefois des exceptions, notamment dans le cas des mineurs non accompagnés.
Mercredi, deux adolescents jordaniens sont arrivés à Jacumba Hot Springs.
"Leurs parents sont restés au Mexique", explique une bénévole qui leur a offert de la nourriture. "A la dernière minute, quand ils ont pris connaissance des nouvelles mesures, ils ont eu peur et décidé de ne pas passer (eux-même) mais d'envoyer (les deux adolescents). Leur oncle vit ici".
A distance, des groupes de migrants colombiens et péruviens arrivent à pied, exténués, après avoir eux aussi franchi illégalement la frontière.
Aucun décret ou obstacle physique ne semble décourager ces hommes, femmes et enfants à la recherche d'un avenir meilleur, dont beaucoup évoquent des tortures, menaces ou catastrophes économiques subies dans leur pays d'origine.
"Il y a ici des gens de nombreux pays (...), c'est un problème mondial", assure le Colombien Alex Roman. "C'est quelque chose qui ne s'arrêtera jamais, car les Etats-Unis, pour tout le monde, c'est le rêve américain, notre terre promise".
R.Chavez--AT