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Ukraine: la Russie doit être battue sur le champ de bataille "mais aussi devant les tribunaux"
La Russie mène une politique délibérée de crimes de guerre en Ukraine où quelque 123.000 cas ont déjà été répertoriés, affirme le procureur général ukrainien qui martèle un message: au-delà des combats sur le terrain, la justice doit passer.
"La Russie doit être battue non seulement sur le champ de bataille mais aussi devant les tribunaux", a expliqué mardi soir Andriï Kostine dans un entretien avec l'AFP à Bruxelles où il a rencontré plusieurs responsables européens.
Ses équipes enquêtent inlassablement sur les crimes de guerre commis, selon Kiev et des experts internationaux, par les forces russes depuis l'invasion de l'Ukraine le 24 février 2022.
Ce travail de fourmi a déjà permis d'identifier 511 suspects dont 357 sont prêts d'être traduits en justice.
"Nous avons condamné 81 criminels de guerre russes. Pour 17 d'entre eux, le procès s'est déroulé en personne. Ils sont donc allés en prison", détaille le procureur général. Et même si les condamnations sont prononcées par contumace, il est important pour les victimes qu'il y ait un "verdict".
Meurtres de civils, viols ou déportations d'enfants: "il s'agit d'une politique orchestrée par les hauts dirigeants de l'élite politique et militaire russe", assure-t-il.
De tels crimes de guerre, comme la déportation en Russie de quelque 200.000 enfants ukrainiens, dont seulement 400 ont été rapatriés, sont inédits depuis la Deuxième guerre mondiale, selon Andriï Kostine.
"C'est la répétition de crimes commis par les nazis", a-t-il affirmé lors d'une conférence à Bruxelles.
- "Conflit le plus documenté" -
Des enquêteurs internationaux assistent les autorités ukrainiennes dans ce travail colossal de collecte d'informations qui a déjà permis de rassembler des milliers d'éléments de preuve.
La guerre en Ukraine est le "conflit le plus documenté de l'Histoire", souligne Andriï Kostine.
Témoignages, interceptions téléphoniques, conversations sur les réseaux sociaux, documents saisis lors de la reprise de territoires par les forces ukrainiennes, sont autant d'éléments qui aident les enquêteurs.
La technologie joue aussi son rôle, y compris l'intelligence artificielle sans laquelle tout cela prendrait "des années". Celle-ci permet d'analyser des sommes énormes d'informations et créer des "liens entre différents éléments de preuve et les rassembler en seul puzzle".
La coopération internationale est essentielle dans cette traque des criminels de guerre, sans précédent depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, souligne-t-il, se félicitant des mandats d'arrêt lancés mardi par la Cour de justice internationale à l'encontre de deux responsables militaires russes de premier plan, les chefs de l'aviation stratégique et de la flotte de la mer Noire.
"Notre objectif cette année c'est que davantage de suspects soient inculpés par d'autres juridictions" en dehors de l'Ukraine, insiste-t-il, citant des mandats d'arrêt lancés récemment aux Etats-Unis et un signalement fait la semaine dernière par la Lituanie.
"Il est important de montrer qu'il n'y a pas de refuge sûr" pour les criminels de guerre.
A.Moore--AT