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Sénégal: les autorités interdisent la marche contre le report de la présidentielle
Les autorités sénégalaises ont interdit une grande marche silencieuse à laquelle a appelé la société civile mardi à Dakar contre le report de la présidentielle et la prolongation du mandat du chef de l'Etat Macky Sall, objets d'un vaste mouvement d'indignation.
La marche est remise en question, a indiqué à l'AFP Elymane Haby Kane, l'un des organisateurs au nom du nouveau collectif Aar Sunu Election ("Protégeons notre élection"). Le collectif, qui revendique plusieurs dizaines d'organisations syndicales et de groupes citoyens et religieux, devrait s'exprimer plus tard dans la journée, a-t-il dit.
M. Kane a confirmé avoir reçu un courrier de la préfecture interdisant la marche. La lettre publiée sur les réseaux sociaux dit que la manifestation "risque de perturber gravement" la circulation.
Aar Sunu Election demandait aux Sénégalais de se réunir massivement à partir de 15H00 (locales et GMT) dans un quartier proche du centre de la capitale.
"Nous appelons tous les Sénégalais à venir de manière pacifique participer à cette marche silencieuse pour dire non au report des élections, pour dire non au prolongement du mandat du président Macky Sall", avait dit lundi devant la presse Abdou Khafor Kandji au nom d'un des groupes qui forment Aar Sunu Election.
Les manifestations sont cependant soumises à un régime d'autorisation. Les autorités ont refusé d'autoriser de nombreux rassemblements de l'opposition ces dernières années.
Les manifestations interdites ont communément dégénéré en heurts, comme cela a été le cas vendredi, quand une contestation d'ampleur a été réprimée par les forces de sécurité. Trois personnes ont été tuées. De nombreux Sénégalais avaient voulu répondre à un appel - aux auteurs non identifiés - diffusé sur les réseaux sociaux, mais les policiers et les gendarmes les en avaient empêchés par la force.
Le Sénégal est en proie à l'une de ses plus graves crises politiques des dernières décennies depuis que le président Sall a annoncé le report de la présidentielle le 3 février, à trois semaines de l'échéance.
Ses partisans à l'Assemblée nationale et ceux de Karim Wade, candidat disqualifié, ont ensuite entériné le renvoi de l'élection au 15 décembre et le maintien du président Sall à son poste jusqu'à la prise de fonctions de son successeur, a priori donc début 2025.
Ce changement de dernière minute, exceptionnel dans un pays vanté pour sa stabilité et ses pratiques démocratiques, a provoqué des cris de "coup d'Etat constitutionnel".
L'opposition soupçonne le camp présidentiel de s'arranger avec le calendrier parce qu'il est sûr de la défaite de son candidat, le Premier ministre Amadou Ba, désigné par M. Sall pour lui succéder.
- Question d'amnistie -
Elle suspecte une manœuvre pour que le président Sall, dont le mandat expirait officiellement le 2 avril, reste au pouvoir. Le chef de l'Etat, élu en 2012 et réélu en 2019, répète qu'il ne se représentera pas.
La gravité de la crise fait craindre un nouvel épisode de violences comme le pays en a connu en mars 2021 et juin 2023 autour du sort de l'opposant antisystème Ousmane Sonko, candidat déclaré à la présidentielle, aujourd'hui détenu et écarté de la course.
Le flou entretenu par le président Sall sur sa candidature à un troisième mandat avait alors alimenté les tensions jusqu'à ce qu'il annonce en juillet 2023 qu'il s'en tiendrait là.
Des dizaines de personnes ont été tuées depuis 2021 selon les défenseurs des droits humains, et des centaines arrêtées.
La réponse des autorités aux récentes tentatives de mobilisation, l'usage de la force, les arrestations, les mauvais traitements subis par un certain nombre de journalistes selon les organisations de presse, la suspension provisoire de l'internet des données mobiles et la coupure pendant quelques jours du signal d'une télévision critique du pouvoir leur ont attiré de nouvelles critiques.
Des partenaires internationaux importants du Sénégal ont exprimé leur inquiétude devant la situation et appelé plus ou moins explicitement à un rétablissement du calendrier électoral.
M. Sall a justifié le report de la présidentielle par les farouches querelles suscitées par le processus de validation des candidatures. Il a dit vouloir une élection incontestable, s'inquiétant du risque de nouveaux accès de violence.
Il a affirmé sa volonté "d'apaisement et de réconciliation" et a proposé un dialogue au reste de la classe politique.
Cette tentative de main tendue soulève une multitude de questions, en particulier sur son acceptation par l'opposition et sur une éventuelle libération des opposants Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye et des personnes emprisonnées depuis 2021.
Certains médias ont évoqué la possibilité d'une amnistie, non confirmée par la présidence ou le gouvernement.
M.King--AT