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A la frontière sud des Etats-Unis, des demandeurs d'asile du monde entier
Étouffé par une persécution politique et raciale croissante dans son pays natal, la Mauritanie, Barry a voulu partir. Il a choisi de rejoindre les Etats-Unis en traversant en juillet la frontière avec le Mexique, comme de plus en plus d'Africains.
Avant le départ, il avait fouillé sur les réseaux sociaux pour trouver des conseils sur l'immigration clandestine et s'était vite rendu compte que la dangereuse traversée vers l'Europe, sur des bateaux de fortune, n'était pas la seule possibilité.
Le périple de Barry - qui n'a pas souhaité donner son nom de famille - reflète une réalité croissante: la frontière sud des Etats-Unis est une porte d'entrée pour des demandeurs d'asile du monde entier, et pas seulement d'Amérique latine.
Comme lui, 1,3 des 2,5 millions de personnes qui ont traversé la frontière mexicaine en 2023 viennent d'autres pays que le Mexique, le Honduras, le Guatemala et le Salvador, selon la police aux frontières américaine. Une augmentation de 234% par rapport à 2021.
Le nombre d'Africains traversant cette frontière a même bondi de 346% en un an, avec 58.000 traversées en 2023.
Parmi eux, 15.000 Mauritaniens. Soit plus que les 13.000 Africains qui avaient traversé la frontière l'année précédente.
Aux grandes villes côtières des Etats-Unis, qui aimantent traditionnellement beaucoup de migrants, Barry a préféré Columbus, la capitale de l'Ohio, dans le Midwest, où la diaspora mauritanienne grandit vite.
"Je veux seulement recouvrer la liberté de m’exprimer", lâche cet ancien employé d'ONG, évoquant des mesures de répression contre des activistes prises l'année dernière par les autorités en Mauritanie, un pays du nord-ouest de l'Afrique régulièrement épinglé par des ONG pour son bilan en matière de droits humains.
- "Un autre chemin" -
Pour arriver à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, les routes sont aussi diverses que les pays d'où partent les candidats au voyage, comme la Chine, l'Inde ou la Russie.
Barry a d'abord fui vers la Turquie, puis l'Amérique latine, avant de remonter vers le nord.
Les routes migratoires, qui changent en permanence, sont largement partagées sur les réseaux sociaux via des "agences de voyage pseudo-légitimes" en Afrique de l'Ouest, selon des responsables de la police aux frontières.
En novembre, Washington a sanctionné un Mexicain connu pour transporter en avion des Cubains et des Haïtiens au Nicaragua, dont la politique laxiste en matière de visas en fait un pays de choix pour ceux qui veulent remonter jusqu'aux Etats-Unis.
Les efforts de l'Europe pour bloquer les routes passant par le Sahara et la Méditerranée en finançant, entre autres, les gardes-côtes libyens pour arrêter les migrants, pousse probablement de plus en plus de personnes à se tourner vers l'Amérique, selon plusieurs experts.
"Vous voyez comment ils patrouillent dans cette zone. Maintenant, les personnes prennent un autre chemin", assure Dauda Sesay, directeur du réseau national de l'organisation américaine African Communities Together.
- "On accepte" -
Columbus abrite une communauté de Mauritaniens depuis deux décennies, principalement des réfugiés comme la famille d'Houleye Thiam, présidente d'un réseau mauritanien pour les droits humains.
Mais le nombre de Mauritaniens a, selon elle, presque doublé avec l'afflux récent de nouveaux arrivés, passant de 4.000 à entre 7.000 et 8.000 personnes.
"Vous ne savez pas vraiment qu'ils vont venir, jusqu'au jour où ils sont là", dit Mme Thiam, 42 ans, qui dit se réveiller le matin avec parfois jusqu'à 25 messages vocaux WhatsApp demandant des conseils sur l'immigration.
Ce sujet est au centre de la campagne pour l'élection présidentielle américaine de novembre 2024: l'Etat du Texas et le gouvernement fédéral se disputent sur le contrôle de la frontière et l'ultra-favori pour représenter le parti républicain, Donald Trump, brandit les peurs liées à l'immigration illégale dès qu'il en a l'occasion.
Ibrahima, un autre Mauritanien récemment arrivé à Cincinnati, également dans l'Ohio, explique avoir souhaité "venir légalement". Il a cherché, en vain, des bourses d'études pour partir en Europe.
Puis il a participé à des manifestations antigouvernementales dans son pays et dit avoir été arrêté et torturé.
Mais plutôt que de passer par le processus fastidieux d'une demande d'immigration légale aux Etats-Unis, pays dont son grand frère a déjà la nationalité, il a préféré traverser la frontière depuis le Mexique et demander l'asile.
"Je veux contribuer au développement de l'économie américaine", assure Ibrahima. Il est dans l'attente d'un permis de travail pendant que sa demande d'asile suit son cours auprès d'une administration engorgée.
Pour l'instant, "on n'a pas le droit de travailler... mais on accepte" la situation, dit-il.
A.O.Scott--AT