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Attal promet d'être au "rendez-vous" pour les agriculteurs, sans forcément les convaincre
Le Premier ministre a promis mardi aux agriculteurs "d'être au rendez-vous" pour répondre à leur malaise et Bruxelles a esquissé des concessions, sans forcément convaincre les manifestants qui prévoient de faire durer encore plusieurs jours leur mobilisation.
Gabriel Attal a défendu lors de sa déclaration de politique générale à l'Assemblée nationale une "exception agricole française".
Enumérant plusieurs des mesures destinées à faciliter la vie des exploitants déjà annoncées, il a rappelé que la crise agricole ne serait pas réglée "en quelques jours".
Le président Emmanuel Macron, lors d'une visite d'Etat en Suède, s'est de son côté engagé à défendre plusieurs revendications des agriculteurs français à Bruxelles, sur l'Ukraine, les jachères et l'accord commercial avec les pays latino-américains du Mercosur.
La Commission européenne a déjà annoncé mardi qu'elle envisageait d'adopter une nouvelle dérogation aux obligations de jachères et indiqué qu'elle étudierait mercredi une proposition visant à prolonger après juin la suppression des droits de douane dont bénéficient depuis 2022 les produits agricoles ukrainiens entrant dans l'UE.
Le mouvement de colère s'étend en tout cas sur le continent: après des manifestations en Allemagne, en Pologne, en Roumanie, en Belgique ou en Italie ces dernières semaines, les grands syndicats agricoles espagnols ont annoncé des "mobilisations" au cours des "prochaines semaines".
- "Remotivé" -
"Il ne répond absolument pas à nos attentes! On aurait aimé par exemple qu'il annonce (la suppression) des droits de succession agricoles", a indiqué le président de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne, Serge Bousquet-Cassagne.
Assurant être "remotivé" par le fait d'avoir été "berné" par le gouvernement, il était en route pour rejoindre le convoi de 200 tracteurs qui, parti d'Agen sous l'étendard de la Coordination rurale, prévoit de rejoindre le marché de Rungis, poumon alimentaire de l'Ile-de-France, après une nuit entre Vierzon et Orléans.
Après avoir été bloqué à plusieurs reprises par les forces de l'ordre, le convoi reste surveillé de près par les gendarmes.
Alice Avisse, secrétaire générale adjointe de la section de l'Oise de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire, fait part d'une détermination similaire chez les manifestants qui bloquent l'A1 dans les deux sens avec quelque 150 tracteurs au niveau de l’aire de Chennevières-lès-Louvres.
"On ne bouge pas, nous allons rester là jusqu'à ce que des mesures concrètes d'urgence soient prises", affirme-t-elle.
Dans un convoi de centaines de tracteurs bloquant l'A35, l'autoroute qui longe Strasbourg, Johanna Trau, céréalière et éleveuse à Ebersheim, se montre sceptique sur le versement des aides PAC au 15 mars.
"Déjà que certaines mesures mettent trois ou quatre ans à être appliquées... Là je demande à voir!", dit-elle avant d'ajouter: "On veut pas forcément être bercés aux aides, on veut surtout des prix rémunérateurs."
Près de deux semaines après le premier blocage d'axes routiers en Occitanie, les agriculteurs continuent à perturber le trafic un peu partout en France.
Selon une source policière, quelque 170 rassemblements ont impliqué dans l'après-midi 9.000 personnes et 5.000 engins.
Contrôles informels de cargaisons de camions aux alentours des supermarchés à Marmande (Lot-et-Garonne), dégustation de fromages en Indre-et-Loire, déversement de pneus devant des bâtiments administratifs en Mayenne, rassemblement devant la préfecture de Saint-Denis sur l'île de la Réunion: les actions organisées mardi ont pris diverses formes.
La Confédération paysanne, le 3e syndicat agricole, classé à gauche, a aussi maintenu la pression.
Les manifestants sont prêts à tenir les blocus "jusqu'à ce qu'on nous garantisse des prix justes et obligatoires pour la grande distribution et l'industrie", a déclaré à l'AFP Laurent Thérond de la Confédération paysanne du Vaucluse.
Autres organisations déçues par le discours de Gabriel Attal: les associations environnementales.
"En se focalisant sur la suppression des normes environnementales, le Premier ministre privilégie l'agro-industrie au détriment des agriculteurs et des écosystèmes dont ils dépendent", a regretté Greenpeace.
Les Amis de la Terre ont dénoncé pour leur part des mesures ne représentant "qu'un pansement sur une jambe de bois tant que les pouvoirs publics n'adressent pas les causes structurelles de la situation économique désastreuse des agriculteurs: accords de libre-échanges, mauvaise allocation des aides PAC, absence de revenu plancher pour les agriculteurs".
burs-jum/ico/dch
P.Smith--AT