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La Papouasie-Nouvelle-Guinée dépend des opérateurs de sécurité privés
Les émeutes meurtrières en Papouasie-Nouvelle-Guinée révèlent la dépendance croissante de cet Etat pauvre de Mélanésie à l'égard des sociétés de sécurité privées, ont confié à l'AFP des chefs d'entreprise locaux et des analystes.
Le Premier ministre papouasien James Marape est arrivé au pouvoir en 2019 en promettant de faire de l'ancienne colonie britannique la "nation chrétienne noire la plus riche" de la planète.
Mais le chemin de cette nation du Pacifique vers la prospérité dépend en grande partie de sa capacité à se débarrasser de sa réputation violente pour convaincre les investisseurs étrangers de sa stabilité.
Ses forces de police étant limitées et souvent mêlées à des scandales, les opérateurs privés de sécurité sont de plus en plus fréquemment chargés de maintenir l'ordre.
Le 11 janvier, alors que des foules en colère déferlaient sur la capitale Port Moresby, incendiant des voitures en stationnement, pillant des épiceries et incendiant des bâtiments, les équipes de Jemimah Pundari, propriétaire d'une société de sécurité, protégeaient des magasins du quartier.
"Il y avait des centaines de personnes. Nous étions en infériorité numérique", explique-t-elle à l'AFP. "Ils ont été très courageux en protégeant ces zones".
Les violences, qui se sont propagées dans toutle pays, ont fait au moins 25 morts, indique la police à l'AFP, et plusieurs dizaines de civils ont reçu des balles, des coups de machettes ou été brûlés.
Port Moresby reste en état d'urgence depuis ce "mercredi noir", selon l'expression des locaux.
"Je n'ai jamais rien vu de tel", assure Mme Pundari. "C'est comme si un nuage noir s'était abattu sur la ville".
"Les gens étaient comme possédés. C'était chacun pour soi."
Les émeutes ont éclaté lorsque des membres des forces de police se sont mis en grève, quittant leur poste après avoir vu leur salaire réduit par erreur, sans explication.
Le gouvernement a déclaré que des agents de police "dévoyés" avaient joué un rôle clé dans le déclenchement des hostilités, des résidents mécontents s'étant ensuite joint aux violences.
- Des effectifs clairsemés -
Avec seulement un policier pour 1.145 civils, la police de Papouasie-Nouvelle-Guinée est l'une des moins bien dotées au monde.
Selon les experts en sécurité des Nations unies, le ratio idéal pour maintenir la sécurité est d'environ un policier pour 450 personnes.
"Les ressources policières sont très inégalement distribuées sur le territoire", ajoute Sinclair Dinnen, un chercheur australien spécialisé dans la criminalité en Papouasie.
Le maintien de l'ordre est en outre particulièrement difficile dans la jungle à l'intérieur de l'île, où la police lutte contre le trafic d'armes et les violences entre groupes tribaux.
Human Rights Watch a classé le pays comme "dangereux pour les femmes et les jeunes filles".
Les Etats-Unis, la France ou la Grande-Bretagne notamment avertissent les voyageurs du taux élevé de criminalité et déconseillent l'accès à certaines zones.
En 2020, après avoir passé ses équipes en revue, le ministre papouasien de la police les avait lui-même jugées "en désordre complet et gangrenées par la corruption".
Alors, pour combler ces lacunes, la plupart des commerces et ensembles résidentiels optent pour une sécurité privée, un secteur en plein essor.
Les effectifs de sécurité privée, estimés à 30.000 agents, dépassent largement les 6.000 policiers professionnels.
"Les entreprises, dans l'ensemble, dépendent de la sécurité privée", confirme M. Dinnen, "certains affirment que c'est le troisième employeur de Papouasie-Nouvelle-Guinée".
"Dans un pays comme celui-ci, tout peut arriver", dit Mme Pundari, assurant que les gardes privés jouent "un rôle majeur pour aider la police à maintenir une certaine forme de loi et d'ordre".
- "Conséquences durables" -
Le pays possède de vastes gisements d'or, de gaz et de minéraux, avec d'étonnants paysages et une grande diversité tant du côté de la nature que des langues usitées.
Mais il est aussi en proie à des inégalités profondément ancrées. Environ 40% de la population vit dans l'extrême pauvreté et le salaire minimum stagne à moins d'un dollar de l'heure.
Pour Mihai Sora, un ex-diplomate australien devenu analyste à l'Institut Lowy, les récents troubles auront des "conséquences durables" pour l'économie locale.
"La violence et les pillages auxquels nous avons assistés auront un impact sur la confiance des entreprises", les dépenses liées à la sécurité alourdissant les coûts, dit-il à l'AFP.
H.Thompson--AT