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Comores: Azali Assoumani, d'ex-putschiste à président réélu au premier tour
Il n'a pas hésité à jeter ses opposants en prison ou à modifier la Constitution pour garder le pouvoir: le chef d'Etat comorien, Azali Assoumani, va rempiler pour un troisième mandat consécutif à la tête de l'archipel de l'océan Indien.
D'un "coup ko", comme le promettait sa campagne, il remporte le scrutin dès le premier tour avec 62,97% des suffrages exprimés, selon la commission électorale mardi, alors que l'opposition a dénoncé "fraude électorale" et "bourrages d'urnes".
Cet ancien colonel de 65 ans, qui a pris l'an dernier la présidence tournante de l'Union africaine, était chef d'état-major de l'armée lorsqu'il a conquis le pouvoir en 1999 lors d'un des coups d'Etat qui ont secoué le pays depuis son indépendance de la France en 1975.
Se présentant comme un "profond démocrate", l'homme à la silhouette ronde explique à l'époque avoir voulu éviter une guerre civile, en pleine crise séparatiste avec l'une des îles de l'archipel. Mais il y prend goût, et se présente à la présidentielle de 2002.
Élu, il ne rendra les clés du pays aux civils qu'en 2006 et à contrecœur, en vertu d'une Constitution qui établit une présidence tournante entre les trois îles du pays (Grande-Comore où il est né, Anjouan et Mohéli) pour éviter les tensions séparatistes.
Il se retire alors sur ses terres et devient agriculteur. Mais loin du pouvoir, il s'ennuie et se considère "au chômage".
En 2016, l'appel est trop fort et Azali Assoumani se représente à la fonction suprême. Défiant les pronostics, il remporte un scrutin chaotique et contesté.
Quitter le pouvoir "a été une erreur" qu'il ne répètera pas, a-t-il un jour confié à un diplomate en poste dans la capitale Moroni.
- Dérive autoritaire -
De retour au palais présidentiel de Beit-Salam, il élimine en quelques mois les obstacles: dissolution de la Cour constitutionnelle, modification en 2018 de la Constitution pour étendre d'un à deux mandats la durée de la présidence tournante, et élection anticipée en 2019.
Ses opposants dénoncent en vain une dérive autoritaire, en plus de la corruption et de son incapacité à sortir le pays de la pauvreté.
Alors que son bagout de boutiquier lui a longtemps valu le dédain de ses rivaux, il s'impose comme stratège politique, en rempilant en 2019 avec une victoire dès le premier tour, même si elle est contestée.
Il a rejoué le même scénario dimanche, promettant, après avoir déposé son bulletin dans l'urne, une victoire d'emblée qui permettrait de gagner "du temps et de l'argent".
Azali Assoumani va ainsi être à la tête de l'Etat jusqu'en 2029.
Sur sa route pour conserver le pouvoir, il a aussi fait arrêter ses principaux opposants, dont l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, condamné en 2022 à la prison à vie pour corruption, à l'issue d'un procès dénoncé comme inéquitable.
L'arrivée d'Azali Assoumani à la tête de l'UA a suscité des critiques. "Seuls les dictateurs africains insoucieux de leurs populations respectives peuvent être enchantés", avait réagi auprès de l'AFP Mahamoudou Ahamada, candidat à la présidentielle de 2019.
Pour ses soutiens, au contraire, c'est le résultat de sa "persévérance".
Né le 1er janvier 1959, Azali Assoumani a été formé à l'Académie royale militaire marocaine de Meknès (1978-1981) et à l'Ecole de guerre de Paris (1985-1986).
Ses détracteurs aiment rappeler un épisode peu reluisant de sa carrière militaire. En 1995, retranché à la radio nationale assiégée par les mercenaires du Français Bob Denard, il a abandonné ses hommes en plein combat: "Tenez-bon, je vais chercher des renforts", aurait-il promis avant de courir se réfugier à l'ambassade de France à Moroni.
Marié et père de quatre enfants, il s'est autoproclamé imam après 2016. Selon ses proches, "il est convaincu que ce qui lui arrive est d'ordre divin".
D.Lopez--AT