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Guatemala: Cette corruption qui voulait empêcher l'investiture du nouveau président
Le président élu du Guatemala, Bernardo Arévalo, qui sera investi dimanche, a dû faire face depuis son élection en août aux assauts judiciaires répétés d'une magistrature considérée liée à la puissante élite économique et politique soucieuse de perpétuer ses réseaux de corruption.
Les multiples offensives menées par le parquet ont visé à retirer l'immunité de M. Arévalo --élu sur la promesse de combattre la corruption--, suspendre son parti politique, ou carrément annuler les résultats de l'élection.
Voici comment les experts analysent l'ampleur du problème de la corruption dans ce pays d'Amérique centrale, classé parmi les 30 les plus corrompus du monde (150e sur 180), selon Transparency International.
- Une élite prédatrice -
Héritière de l'oligarchie née de l'époque coloniale, l'élite guatémaltèque est considérée comme l'une des plus "prédatrices" d'Amérique latine, explique à l'AFP l'ancien médiateur des droits de l'homme du pays, Jordan Rodas.
Avec 60% de ses 17,8 millions d'habitants vivant dans la pauvreté, le taux d'inégalité du Guatemala est l'un des plus élevés du continent américain, "avec une population principalement rurale et indigène, mal desservie et employée dans le secteur informel", a révélé la Banque mondiale en octobre.
Selon un rapport d'Oxfam de 2019, les 1% des Guatémaltèques les plus riches ont le revenu équivalent à celui de la moitié de la population.
Les familles les plus puissantes du pays contrôlent une grande partie des terres fertiles, notamment les plantations de café, ainsi que des brasseries, des sociétés immobilières et des banques.
"C'est une élite prédatrice, conjointement responsable de la corruption endémique des gouvernements précédents et de la migration, car les salaires de misère obligent les Guatémaltèques à quitter le pays", explique M. Rodas, qui vit aujourd'hui aux Etats-Unis.
Aux yeux de l'élite, le but de l'Etat n'est pas d'oeuvrer au bien commun "mais de s'enrichir", a-t-il ajouté.
Selon Manfredo Marroquin, cofondateur de l'organisme de surveillance anticorruption guatémaltèque Action citoyenne, les élites "se soutiennent mutuellement parce qu'elles veulent un Etat qui ne perçoit pas d'impôts et n'applique pas de normes en matière de travail ou d'environnement".
- Se maintenir au pouvoir -
L'association patronale du Guatemala (CACIF) "est le véritable pouvoir qui contrôle le destin du pays", affirme Carmen Aida Ibarra, du mouvement social ProJusticia.
L'Etat ayant été affaibli par la guerre civile entre 1960 et 1996, les analystes affirment que les élites économiques, politiques et militaires ont tissé une toile de corruption si importante qu'elle a conduit les Nations Unies à s'impliquer directement dans la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala (CICIG), installée en 2007.
En 2015, la CICIG et le bureau du procureur ont découvert un réseau de corruption impliquant le président de l'époque, Otto Perez, qui a démissionné et a été emprisonné. Les partis politiques ont été poursuivis pour financement illicite de la présidentielle (remportée par Jimmy Morales) avec de l'argent du crime organisé.
"Il s'agit d'une conspiration de politiciens, de fonctionnaires et de divers hommes d'affaires de l'élite qui ont l'intention perverse de se maintenir au pouvoir", affirme M. Rodas.
- Règne de l'impunité -
M. Morales est parvenu à se débarrasser de la gênante CICIG en 2019, et a nommé une nouvelle procureure générale, Consuelo Porras, reconduite par le président sortant Alejandro Giammattei.
Mme Porras, qualifiée de "corrompue" par le ministère américain de la Justice, est accusée d'orchestrer les manoeuvres judiciaires pour empêcher M. Arévalo de prendre ses fonctions.
Après la disparition de la CICIG, procureurs et autres organes d'Etat se sont cooptés pour installer de hauts-fonctionnaires qui, en accointance avec les élites économiques, ont assuré "la garantie de l'impunité", a expliqué à l'AFP l'ancienne procureure générale Claudia Paz y Paz, exilée au Costa Rica.
Selon Manfredo Marroquin, des "tueurs à gages judiciaires" étaient chargés de monter des dossiers contre les journalistes ou les fonctionnaires qui dénonçaient la corruption. Les législateurs sont soudoyés pour approuver les lois et les procureurs sont "l'outil de la persécution", a -t-il ajouté.
Edie Cux, directeur d'Accion Ciudadana, affirme que "plusieurs de ces groupes de pouvoir traditionnels ont même des liens avec le crime organisé".
L'objectif de cette élite en place est limpide selon M. Marroquin : "continuer dans un Etat de totale corruption et d'impunité, qui huile les rouages de tout le système politique et économique".
O.Ortiz--AT