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Immigration: Borne tente une négociation de la dernière chance avec la droite
Deux jours après le revers de la motion de rejet sur son projet de loi immigration, le gouvernement reprend les tractations avec la droite, en vue d'une commission mixte paritaire (CMP) à quitte ou double en début de semaine.
Le compte à rebours est lancé. Et la pression repose désormais sur Elisabeth Borne, qui reprend le dossier en main et recevra en fin de matinée Eric Ciotti, Bruno Retailleau et Olivier Marleix. Les ténors de LR ne veulent de toute façon plus discuter avec un Gérald Darmanin "qui (les) insulte en permanence", à l'inverse d'une Première ministre "un peu plus respectueuse".
Le ministre de l'Intérieur, arrivé dès 10H30 à Matignon comme celui des Relations avec le Parlement Franck Riester, sera toutefois présent à cette réunion, qui ouvre un bal de concertations en vue de trouver un accord en CMP.
Car Mme Borne échangera également à 12H30 avec le président du groupe des sénateurs de l'Union centriste Hervé Marseille, avant de recevoir les responsables de la majorité "en milieu d'après-midi", a précisé Matignon.
Signe d'une volonté de conclure l'affaire rapidement car "plus vite c'est fait, mieux on se porte", a reconnu le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran.
En effet, "le temps est facteur de divergence", a expliqué le chef des sénateurs macronistes, François Patriat, qui redoute que "chacun se rigidifie sur sa position", y compris dans son propre camp où un texte trop coercitif pourrait mettre à mal "l'unité" de la macronie.
Convoquée à la demande du gouvernement, la CMP se réunira "probablement lundi ou mardi", a indiqué la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, mercredi sur France 2.
Mais, sans attendre, cette instance composée de sept députés et autant de sénateurs "se met au travail dès aujourd'hui" pour "préparer" un accord, a-t-elle ajouté, espérant que la loi soit définitivement votée "avant les vacances de Noël".
Pour cela, il faudra que "chacun fasse un pas vers l'autre" car "personne n'a la majorité" dans cette CMP, a-t-elle souligné. Message clairement adressé aux Républicains de l'intransigeant Eric Ciotti, qui martèle que son parti n'acceptera "rien que le texte" très droitier sorti du Sénat.
Une "posture" pas du goût de Mme Braun-Pivet, pour qui "il ne faut pas se dire +c'est à prendre ou à laisser, c'est ça ou rien+" sinon "ce n'est pas une discussion".
Argument repris par François Patriat: "Si on met des lignes rouges, on n'avance pas", a-t-il estimé sur Public Sénat, appelant à "des concessions de part et d'autre".
- Quitte ou double -
Car en cas de "désaccord" persistant, il ne "voi(t) pas comment le texte pourrait continuer", d'autant plus que "le gouvernement ne souhaite pas de 49.3 sur ce texte".
"Ce n'est pas notre souhait", a confirmé Olivier Véran sur LCI. "On ne veut pas se positionner dans une dynamique de passage par 49.3", a-t-il insisté, préférant envisager "une victoire collective".
Lors d'un dîner mardi soir à l'Elysée, le chef de l'Etat a décidé de jouer à quitte ou double avec cette CMP: soit elle est conclusive, soit le texte sera tout bonnement retiré, a-t-il fait savoir aux participants. Et il a également exclu de procéder à une dissolution de l'Assemblée en cas d'échec, alors que le patron du RN Jordan Bardella s'y disait déjà prêt à assumer la charge de Premier ministre de cohabitation.
La négociation s'annonce d'autant plus serrée que, selon une source parlementaire, la CMP sera présidée par le député Sacha Houlié, figure de l'aile gauche de la macronie, farouche défenseur des régularisations et de l'aide médicale d'Etat honnies par la droite.
D'autres points du texte font moins débat, comme le durcissement des conditions d'expulsion des étrangers condamnés par la justice ou la limitation des recours pour les demandeurs d'asile.
Insuffisant cependant pour convaincre une majorité à l'Assemblée, où le texte a été bloqué lundi avant même d'être discuté, la motion de rejet présentée par les écologistes ayant obtenu les voix de la gauche, de l'extrême droite et d'une bonne partie de la droite.
Situation inédite pour Emmanuel Macron, dont le quinquennat apparaît plus entravé que jamais, après la crise des retraites et la litanie des 49.3 budgétaires.
N.Walker--AT