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Intenses batailles de rue à Gaza, "l'enfer sur terre" selon l'ONU
Les soldats israéliens, soutenus par des frappes de l'aviation et la marine, ont affronté mardi les combattants palestiniens dans les rues de la bande de Gaza assiégée, où les habitants tentent d'échapper aux bombes dans des conditions humanitaires chaque jour plus désespérées.
La population dans le territoire palestinien, où 85% des 2,4 millions d'habitants ont été déplacés et des quartiers entiers détruits par les bombardements israéliens, vit "l'enfer sur terre", a lancé depuis Gaza le directeur de l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), Philippe Lazzarini.
L'armée israélienne a déclaré la guerre au Hamas après une attaque d'une violence et d'une ampleur sans précédent menée le 7 octobre contre Israël par des commandos du mouvement islamiste palestinien infiltrés de la bande de Gaza voisine, qui a fait 1.200 morts en majorité des civils selon les autorités.
Elle a promis de détruire le Hamas, classé organisation terroriste par les Etats-Unis et l'Union européenne, et son offensive par air, mer et terre à Gaza a coûté la vie à 18.412 personnes, en grande majorité des femmes et des moins de 18 ans, selon le ministère de la Santé du mouvement palestinien.
Le 7 octobre, les combattants palestiniens ont emmené aussi environ 240 en otage à Gaza, où 137 sont toujours détenus selon l'armée après des libérations dont une centaine à la faveur d'une trêve fin novembre.
Mardi, l'armée a annoncé avoir "durant une opération à Gaza, découvert et ramené en Israël les corps des otages Eden Zakaria et (du soldat) Ziv Dado", sans préciser de date.
- Maternité touchée -
Les combats terrestres accompagnés de frappes aériennes meurtrières font rage notamment à Khan Younès, où s'étaient réfugiés des centaines de milliers de civils après avoir fui la progression des troupes israéliennes dans le nord de Gaza. Le Hamas a fait état aussi de combats dans le centre du territoire.
Du côté israélien de la frontière, une équipe de l'AFP a entendu des tirs d'artillerie ininterrompus et plusieurs frappes sur la ville de Gaza (nord).
L'armée a indiqué avoir saisi ces dernières 24 heures au Hamas "environ 250 roquettes, obus et lance-roquettes prêts à être utilisés", et avoir découvert une fabrique d'armes avec "des centaines de grenades et de roquettes".
Les soldats israéliens ont lancé le 27 octobre une offensive terrestre dans le nord de Gaza, avant de l'étendre à l'ensemble du territoire. Selon l'armée, 105 soldats y sont morts dont 13 tués par des "tirs amis".
Le chef d'état-major Herzi Halevi a affirmé que l'armée "intensifiait" ses opérations dans le sud tout en consolidant sa présence dans le nord.
Dans le nord, le ministère de la Santé du Hamas a accusé l'armée d'avoir lancé mardi une attaque contre l'hôpital Kamal Adwan de Beit Lahiya, après l'avoir "assiégé et bombardé".
Cet hôpital abrite notamment 3.000 déplacés, selon son directeur. La maternité a été touchée par les combats qui ont tué deux mères, a indiqué lundi le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha).
Plusieurs hôpitaux de Gaza, notamment le plus grand du territoire, al-Chifa, ont été pris dans les combats, Israël accusant le Hamas d'y avoir installé des infrastructures et d'utiliser des civils comme "boucliers humains".
- "Elle était morte" -
Après avoir fui leurs maisons dans le nord puis leurs refuges à Khan Younès, des dizaines de milliers de Palestiniens s'abritent à présent à Rafah, plus au sud, devenue un gigantesque camp avec de centaines de tentes montées avec des bouts de bois, des bâches en plastique et des draps.
Là, des survivants fouillent les ruines, à mains nues ou à l'aide de pelles, dans le quartier de Zorob, après une frappe nocturne qui a creusé un cratère de plusieurs mètres de profondeur.
"Il reste des gens sous les décombres. La Défense civile nous aide mais nous n'avons pas assez d'équipements pour les sortir", a témoigné Abou Jazar, un homme de 23 ans.
"Ils (les militaires israéliens) ont dit eux-mêmes que le sud est sûr, Rafah est sûre. Où est la sécurité à Rafah ? Chaque jour il y a des frappes à Rafah ici", a lancé Tawfiq Abou Brik, au milieu des ruines.
A l'hôpital al-Najjar de Rafah, Hani Abou Jameh porte en pleurant le corps enveloppé dans un linceul blanc de sa fillette, Sidal, tuée par un éclat d'obus alors qu'elle dormait sous une tente. Autour de lui, dix corps sont alignés.
"Il y a eu un bombardement très, très fort, à trois reprises. (...) Au matin, j'ai découvert qu'elle était morte", a-t-il raconté.
- Vote à l'Assemblée générale -
Depuis le siège imposé début octobre, Israël contrôle l'entrée de l'aide internationale dans Gaza via l'unique point de passage ouvert de Rafah, avec l'Egypte.
Ces arrivées de vivres, médicaments et carburant restent très insuffisantes selon l'ONU, et l'aide ne parvient pas à être acheminée au-delà de Rafah, où la nourriture se fait rare, en raison des combats.
Le chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a dénoncé les contrôles imposés par l'armée israélienne à un convoi médical transportant des blessés à Gaza, qui selon lui ont coûté la vie à l'un d'eux.
La guerre à Gaza continue d'accroître les tensions dans la région. Les rebelles Houthis du Yémen ont revendiqué un tir de missile en mer Rouge qui a touché lundi un pétrolier battant pavillon norvégien, affirmant agir par solidarité avec le Hamas.
A Jénine, en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, les forces israéliennes ont tué mardi quatre Palestiniens, selon l'Autorité palestinienne.
Prenant le relais après un nouvel échec du Conseil de sécurité paralysé, l'Assemblée générale de l'ONU doit se prononcer mardi sur une résolution exigeant "un cessez-le-feu humanitaire immédiat" dans la bande de Gaza. Mais le texte, même s'il a toutes les chances de passer, n'est pas contraignant.
H.Thompson--AT