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Ukraine puis Israël, ces réfugiés juifs qui ont fui deux guerres
Entendre le son devenu familier de tirs de roquettes, puis fuir encore : après l'attaque du Hamas, le rabbin Mendel Moscowitz n'a pas hésité. Il a repris la route et quitté le sud d'Israël, qu'il avait rejoint après l'invasion russe de l'Ukraine.
Ce religieux de 33 ans a trouvé refuge avec sa famille en Hongrie, dans le camp "Machne Chabad", au bord du lac Balaton, qu'il connaissait déjà.
Quand le mouvement islamiste palestinien Hamas a déclenché en octobre son assaut sur le sol israélien, les souvenirs de Kharkiv, cette grande ville du nord-est de l'Ukraine qu'il avait fuie en mars 2022 - le mois ayant suivi le début de l'offensive de l'armée russe -, ont resurgi.
"Nous ne savions pas où aller à l'époque. Finalement, nous avions choisi Israël, où vit la famille de ma femme", raconte-t-il à l'AFP.
Il se croyait en sécurité jusqu'à ces attaques sans précédent dans lesquelles 1.200 personnes ont péri, suivies de représailles d'Israël dans la bande de Gaza dont le bilan provisoire est de plus de 18.200 morts.
"Nous voulions éviter une nouvelle expérience traumatisante à nos cinq enfants", âgés d'un à neuf ans, "et nous sommes venus ici", poursuit le rabbin.
Plus de 4.000 Ukrainiens ont quitté Israël dans les semaines qui ont suivi le choc du 7 octobre, selon des chiffres donnés par l'ambassade d'Ukraine sur place.
- "Cocon" -
Dans ce refuge situé à Balatonoszod, à 130 kilomètres au sud-ouest de la capitale Budapest, tout est fait pour adoucir la peine de ces personnes qui se sont par deux fois exilées.
Elles sont une centaine dans ce cas, sur les 200 occupants de cet ancien lieu de villégiature réservé aux fonctionnaires hongrois, et réaménagé au printemps 2022 pour accueillir les Juifs orthodoxes d'Ukraine.
Une communauté juive meurtrie dans sa chair, au rythme des pogroms de l'époque tsariste, du génocide pendant la Deuxième guerre mondiale et des purges soviétiques.
Soutien psychologique, accompagnement scolaire, excursions : les bénévoles sont aux petits soins. Le tout dans le plus strict respect des règles alimentaires, de la nourriture casher étant servie à tous les repas.
Au lieu de vivre dans la peur des sirènes, les enfants "peuvent se défouler et ne pensent plus aux bombes", confie Mendel Moscowitz, appréciant de retrouver une certaine "stabilité".
Dans un joyeux brouhaha, des petites filles gribouillent autour d'une table, tandis que les hommes prient dans une autre salle. Des parties de foot sont aussi improvisées dans l'immense parc.
"Cet endroit est unique, comme un cocon qui offre une pause loin des tensions du monde", renchérit une avocate ukrainienne de 29 ans, Hana Shatagin. Arrivée avec son mari et son bébé en octobre, elle a pu se ressourcer et s'apprête à rentrer à Jérusalem.
- Tant que la guerre dure -
Mais d'autres résidents sont dans l'inconnu, à l'image du rabbin qui veut "rester optimiste" malgré "le sentiment que la guerre ne finira jamais".
Zeev Vinogradov, 73 ans, aimerait quant à lui retourner à Dnipro, dans l'est de l'Ukraine, où il avait fondé une association de réinsertion des détenus. "J'ai un appartement, une voiture, des amis, une communauté", dit-il.
Mais tant que les combats continuent, il ne l'envisage pas. Quant à la colonie où il vivait en Israël, elle a été évacuée par l'armée israélienne de peur d'une attaque du mouvement armé libanais Hezbollah.
Pour les Ukrainiens réfugiés en Israël, ce lieu "s'est imposé comme une évidence", se réjouit le rabbin Slomo Köves, du mouvement hassidique Habad-Loubavitch.
C'est lui qui a mis en place le camp l'an dernier avec l'aide du gouvernement hongrois du nationaliste Viktor Orban, dont il est proche.
Un Premier ministre régulièrement accusé de flirter avec l'antisémitisme, prenant pour cible dans des campagnes d'affichage le milliardaire juif américain George Soros et désormais son fils Alexander.
Face aux critiques, M. Orban brandit une tolérance zéro pour les actes antisémites et rappelle qu'il a fait rénover plusieurs synagogues, faisant de la Hongrie "un havre de paix" pour les Juifs.
Les autorités financent d'ailleurs un tiers des coûts de fonctionnement de "Machne Chabad", souligne M. Köves, inquiet devant le déclin des dons.
Mais sans dénouement du conflit en vue, le camp continuera envers et contre tout à accueillir "ceux qui ont besoin d'un refuge", promet-il.
S.Jackson--AT